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  • : Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
  • Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
  • : Partagez l'itinéraire d'un électeur de gauche devenu un adepte de la mondialisation libérale. Employé d'une "world wide company", l'auteur vit la mondialisation au quotidien et ne s'en plaint pas. Peu de mouvements d'humeur, des faits et des chiffres!
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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 18:13

La démocratie directe en Suisse, dont on pourrait penser qu'elle puisse limiter les prérogatives de l'état, fonctionne parfois à front renversé. De nombreuses initiatives tendent à augmenter la bureaucratie et le contrôle de l'État alors que le gouvernement lui-même ne soutient pas ces initiatives : contingentement de l'immigration, contrôle des plafonds de salaires, salaire minimum... L'initiative des syndicats visant à instaurer un salaire minimum va dans ce sens. Voici quelques  réflexions à ce propos...  

 

Pour un homme de gauche avéré comme Goucho et pour la plupart des commentateurs bien intentionnés, il ne fait aucun doute que le salaire minimum garanti est un acquis social, voire une avancée pour toute civilisation démocratique. Pourtant, cette "évidence" est porteuse d'effets de bord puissants qui modèlent notre société. Aucun politicien en France n’oserait avancer la suppression de ce salaire minimum, tout en s’ingéniant constamment à le contourner.

 

  • ·         Dans le meilleur des cas, le salaire minimum ne sert à rien.

Si le salaire minimum est au prix du marché, il n’a pas d’effet économique. Il ne sert donc à rien. Il peut exister nombre d’autres systèmes comme le RSA en France pour le remplacer. En Suisse, le salaire minimum existe de manière implicite, il est dépendant des régions et de leur environnement économique. Son instauration au niveau national romprait ce déséquilibre.

  • ·         Il constitue un levier potentiel pour les politiciens démagogiques

 Il constitue un levier potentiel pour tous les politiciens qui peuvent pour se faire élire, professer son augmentation. L'attitude compassionnelle envers le salaire minimum est d'une emphase qui frise le ridicule.

  • ·         L'instauration du salaire minimum instaure un changement de paradigme

Le système de pensée de la gauche est inspiré de la lutte des classes en supposant que le patron est un exploiteur potentiel de son personnel. En instaurant, un salaire minimum on valorise ce paradigme. En instaurant un salaire au-dessus du prix du marché, on le met en scène. les travailleurs s’anonymisent. ils deviennent des numéros, des “smicards”. Il y a moins de négociation individuelle de salaires et de négociation tout court. Les rapports de forces deviennent la norme. Les rôles se figent. Les patrons freinent des deux pieds et les syndicats poussent dans le registre des acquis sociaux.

  • ·         Les salaires s’aplatissent ou le chômage augmente

Pour compenser les dépenses sur les bas salaires trop élevés, les entreprises diminuent les salaires de ceux qui pourraient être au-dessus du salaire minimum. Les travailleurs peu qualifiés et les travailleurs un peu plus qualifiés sont logés à la même enseigne. Si les entrepreneurs ne peuvent compenser cette augmentation de salaire, ils n’embauchent pas. 

  • ·         Le SMIC augmente la dépendance des entreprises à l’état et la bureaucratie.

Le gouvernement fixe le jeu des taxes qui s'appliquent aux salaires. En instituant également les salaires planchers, il diminue donc d'autant les marges de manoeuvre des entreprises. Après que Hollande avec sa main gauche ait augmenté le Smic, la main droite de son premier ministre Valls propose des mesures pour contrer les effets pervers du SMIC et les effets de bords deviennent ingérables. À ce jeu, il n’y a que la bureaucratie et les politiciens qui y gagnent.

  • ·         Le SMIC est inégalitaire et discriminatoire

Le SMIC prive d’accès à l’emploi les travailleurs peu qualifies et les "discriminent". Le semblant d’égalité salariale se double de difficultés d’accès au monde du travail pour ceux qui ne sont pas immédiatement rentables. Voir “Pourquoi les émeutes suédoises?

  • ·         La France est un excellent laboratoire des effets pervers du SMIC.

Le SMIC trop proche du salaire moyen en France a tenté d’être contourné plusieurs fois. Par Balladur en 93 et avec le SMIC jeune avec le gouvernement Chirac. Par 2 fois, la droite a plié. Elle a depuis abandonné avec les résultats que l’on sait sur le chômage. On trouvera toujours de doctes et mesurés commentateurs pour nous dire que le SMIC est un facteur d’égalité en France. Les troubles des banlieues, le nombre des travailleurs clandestins sont un des effets pervers potentiels d’un salaire minimum trop élevé qui rend les entreprises moins flexibles et plus dépendantes de l’État. Dans ce cadre, les Français en sont réduits à rêver d'inverser la courbe. Les politiciens eux s’accommodent du chômage depuis 30 ans et dans le pire des cas le provoquent par de multiples lois et impôts contracdictoires qui empêchent de travailler "en rond".

  • ·         Le SMIC est une forme de protectionnisme pervers des travailleurs

Les syndicats suisses professent qu’une entreprise qui ne peut payer 4000 CHF ses travailleurs n’est pas viable. Il faut donc à ces « capitalistes » purs et durs que sont les syndicats suisses des entreprises dégageant une marge subséquente. Les petites entreprises ont dans ce cadre moins le droit d’exister et de tenter de croître.

  • ·          Le SMIC suppose un niveau de productivité minimum

Le salaire minimum est donc une revendication de productivité minimum. Une entreprise de faible productivité n’est pas viable. Il est vrai que dans une entreprise familiale dépendant de la sueur de ses actifs, on trouve peu de syndicalistes engagés. Pour pouvoir survivre sur le long terme, les entreprises vont utiliser des machines et négliger la main de l’homme. Cette revendication d’un haut salaire minimum participe de manière importante à modeler notre société.

 

Le climat de travail est sans doute dans l’ensemble beaucoup plus apaisé qu’en France, car les entrepreneurs ont plus de marge de manœuvres, les rapports de force n'y sont pas toujours la régle et la concurrence vive entre les entreprises pour trouver un bon employé..

Gageons que si le salaire minimum passe en Suisse, ce climat ne s’améliorera pas. Mais les commentaires seront élogieux. On y verra pour ce pays une manière de se « civiliser ». Si les Suisses votent contre (comme nous l’avons fait à Genève l’an dernier), ce signe intéressant et différentiateur de ce pays, pour un capitalisme moins réglementé et donc plus humain, suscitera peu de commentaires.

On lira cet article sur le salaire minimum ; enfer pavé de bonnes intentions. Celui-ci également plus détaillé.

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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 18:33

"Le taux de pauvreté suédois peut très bien être trop élevé, mais à 1,2%, aucun pays européen a un niveau inférieur. La moyenne dans l'Union européenne est de 8,8%. Si la pauvreté est la cause des émeutes, presque toutes les villes sur le continent aurait été brûlées avant Stockholm."

Ainsi Johan Norberg tente de comprendre les raisons des émeutes qui se sont déroulées en Suède.
"Dans ce pays, les inégalités sont faibles, les prestations sociales sont généreuses, et les écoles, les universités et les soins de santé sont gratuits. C'est une société dans laquelle vous n'êtes pas pauvres parce que vous ne travaillez pas." 


 Alors, d'où vient le problème ?


"Il y a un aspect du modèle social suédois que le gouvernement n'a pas osé toucher : la forte protection de l'emploi. Selon la loi, la dernière personne à être embauchée doit être la première personne à être licencié. Et si vous employez quelqu'un plus de six mois, le contrat est automatiquement rendu permanent. Un système destiné à protéger les travailleurs condamne le jeune à une succession de contrats à court terme. Le salaire minimum en Suède - environ 70 pour cent du salaire moyen - est de facto très haut et induit des chômeurs dont les compétences sont moindres. La Suède a le moins d'emplois à bas salaires en Europe. Seulement 2,5% des emplois suédois sont de bas niveau, par rapport à une moyenne européenne de 17%.
Si vous ne recevez jamais votre premier emploi, vous n'avez jamais à acquérir les compétences et les expériences qui vous donneraient le deuxième et le troisième emploi. La Suède a généreusement accueilli des immigrants dans ses frontières.
Mais il y a une autre frontière - autour de son marché de l'emploi - et elle est un bastion.
Le résultat ? Des jeunes hommes qui n'ont rien à faire et rien à perdre, qui se tiennent dehors, avec un sentiment de dévalorisation, d'humiliation et d'ennui. Ce n'est pas la première fois qu'une telle situation se termine dans la violence. Lorsque cela se produit en Suède, cela choque la gauche. Cela montre que l'argent n'est pas tout. Un gouvernement peut vous fournir des biens et services, mais pas l'estime de soi et le respect d'autrui. Un gouvernement ne peut répondre à tous vos besoins matériels, mais il ne peut pas vous donner le sentiment de ce que vous avez accompli vous-même."

Si vous parlez avec Goucho, il vous expliquera doctement que les émeutes en Suède sont le fait du libéralisme qui engendre pauvreté et inégalités.

Cela tombe bien, je croise Mohamed, beur d'origine marocaine qui ne veut plus retourner chez lui en France. Il dit que là-bas, il détonnerait. D'abord, ce qu'il adore c'est travailler : il n'aime pas les vacances. Il faut dire que cet ancien trader de formation a commencé comme garçon de café en Suisse. Mais il a fait preuve d'une tel dynamisme que ses patrons l'ont rapidement augmenté et lui ont demandé d'animer et de réorganiser d'autres établissements dont ils avaient la charge. "Si je retourne en France avec ma volonté de bosser et qu'en plus (avec mon origine), je leur explique comment faire du business, je suis mort..."

 Heureusement qu'il reste quelques pays plus libéraux que d'autres, pour laisser leur chance à des garçons de talent comme Mohamed.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 01:14

 Le Monde Diplomatique est un des plus beaux fleurons du journalisme de gauche et ses diatribes constantes, ses excursions au bout de la nuit de la critique, présentant le capitalisme libéral comme le responsable de tous les maux de notre société influencent profondément les points de vue. Si le Diplo se montre critique avec le capitalisme, posture aisée, il est plus rare de le voir exulter et de montrer quelques notes pleines d'espérance. A ce titre le Vénézuela du commandant Chavez est un exemple phare où depuis plusieurs années le monde diplomatique se montre dithyrambique. Cela est l'occasion de voir à quelle forme de société ses journalistes fondateurs aspirent, eux qui se montrent sans pitié avec les tactiques impérialistes des états tout en réclamant une plus grande concentration et redistribution sous l'égide de ceux-ci. Nous allons pour ce faire opposer la vision de Maurice Lemoine qui défend la révolution bolivarienne à Daniel, blogueur détaillant les errements de la société bolivarienne depuis plusieurs années. Ensuite nous assemblerons à la manière d'un jeu de type "cadavre exquis" les points de vue, pour voir les leçons que nous pouvons tirer de cette confrontation brute de fonderie. Notons que Daniel n'a rien d'un ultra-libéral ni même d'un cowboy de droite. Il est plutôt social-démocrate. Ce francophone préférait largement Hollande à Sarkozy lors des dernières élections.

 

Vision de Lemoine

Vision de Daniel (ici et )

Une grande part de la rente pétrolière a été utilisée pour financer la politique sociale.

 

 

On peut acheter les produits de première nécessité,

Les services de base ont des prix subventionnés.

 

 

Régime de sécurité sociale

 

 

 

Politique d’inclusion et d’éducation menée à tous les niveaux, aux livres et aux ordinateurs (les canaimitas) gratuits qui leur sont distribués.

 

200 000 retraités touchant une pension à la fin de la IVe république ont fait des petits et sont devenus 2 300 000 aujourd’hui.

 

Grande mission logement Venezuela ayant bâti des dizaines de milliers d’habitations depuis sa naissance

 

le pays est passé de 17 160 577 tonnes d’aliments produits en 1998 à 24 686 018 tonnes en 2010, soit une augmentation de 44 %

 

La pauvreté a régressé entre 2002 et 2010, passant de 48,6 % a 27,8 %, tandis que l’extrême pauvreté suivait la même courbe — de 22,2 % a 10,7 % (

 

Le Venezuela affiche par ailleurs le niveau d’inégalités le plus faible de la région : l’antithèse du néolibéralisme sauvage qui étrangle les Européens.

 

Face à un tel bilan, aucun opposant ne peut espérer l’emporter en affirmant représenter « la droite » avec le programme « décentralisation-autonomie-privatisations »

 

Une autonomie ayant pour objet de refaire de la compagnie pétrolière PDVSA un Etat dans l’Etat, exempté de toute responsabilité sociale, et de la Banque centrale du Venezuela (BCV) une entité échappant au pouvoir politique.

 

Le texte prévoit une élimination des « missions » si chères aux plus pauvres, mais qui représentent « une lourde charge fiscale », la fin des subventions agricoles, le gel des retraites et des augmentations de salaire, l’augmentation progressive des tarifs de l’électricité, de l’eau, du métro, du téléphone et des autres services subventionnés par le gouvernement.

 

Les problèmes réels que rencontre la « révolution bolivarienne » sont : personnalisation du pouvoir, corruption, faiblesse de l’appareil productif, insécurité...

Aujourd'hui, le Venezuela est un pays où les emplois ne sont pas créés en dehors du secteur public.

 

Coupures d'électricité et d'eau fréquentes

 

Les produits de base nécessite la visite d'au moins deux magasins.

 

La qualité des soins s'est effondrée au niveau de l'hôpital et elle est déficiente au niveau des soins primaires.

 

En 11 ans, la monnaie est passée d'environ 500/$ par à environ 6.000/$, et son taux d'inflation est à deux chiffres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut se faire tuer pour 100 $

 

 

Quatorze ans de « chavisme » ont profondément transformé le Venezuela.

Le Venezuela n'était pas un avant-poste colonial stérile quand Chavez a atteint ses fonctions en 1999. Chavez a fait pire aujourd'hui comparativement à ce que le pays était en 1998.

Celui qu’ils ont présenté comme un caudillo populiste, inefficace, archaïque et autoritaire, l’a une nouvelle fois emporté.

 

 

 

 

 

 

James Carter, dirigeant du centre éponyme, a déclaré : « En réalité, sur les quatre-vingt-douze élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde. »

Un pays profondément divisé et intolérant où l'abus de pouvoir est devenu une des valeurs.

 

La "Race" est principalement une création de Chavez pour diviser le pays et verrouiller ses ambitions avec un soutien dévoué à des groupes spécifiques. Paradoxalement, aucun droit pour les minorités. C'est la tyrannie de la majorité.

 

La presse est relativement libre de critiquer et les élections sont régulièrement organisées. Le secret du régime de Chavez, c'est que le pouvoir judiciaire est soumis à la volonté de celui-ci. Toute plainte, toute action en justice que vous pouvez déposer contre le gouvernement, tout scandale rapporté dans les journaux ou les médias sont enterrés.

 

A partir de ces affirmations contradictoires que nous n'allons pas dénier, tentons de dégager quelques principes généraux qui pourraient s'appliquer à d'autres situations.

Par un simple jeu de cadavre exquis, nous obtenons quelques-unes des assertions suivantes.

 

Lorsque l'état redistribue avec la manne pétrolière, par exemple en augmentant les retraites, en subventionnant la politique d'éducation, en bâtissant des logements neufs, la pauvreté régresse et les inégalités diminuent en valeur relative.

Transformer durablement un pays signifie augmenter la dépendance des citoyens vis à vis de l'état en subventionnant de multiples activités, en annihilant la création d'entreprise privée et en gérant l'appareil productif.

(Lemoine)

Lorsque la centralisation autour de l'état augmente, la corruption augmente.

Lorsqu'un état centralisateur a pris le pouvoir durablement, il est très difficile sans paraître ridicule d'avancer des arguments insistant sur la décentralisation, l'autonomie et la privatisation... L'opposition semble condamner à se positionner au centre gauche...

Lorsque la pauvreté et les inégalités régressent, grâce à la centralisation autour de l'état, la délinquance ne diminue pas, elle augmente.

Lorsque les produits de base sont subventionnés, ils engendrent l'inflation.

Lorsque les services de base sont subventionnés, ils se dégradent.

Lorsque l'état redistribue la richesse, la délinquance augmente, les services publics de base se délitent.

Lorsque l'état centralise la gestion du système de santé, la qualité des soins de base régressent.

Lorsque l'état augmente la dépendance des citoyens par une centralisation accrue par exemple, la réélection de l'équipe dirigeante en est facilitée.

Pour permettre sa réélection tout en maintenant la liberté de la presse, un état doit personnaliser le pouvoir et tenir les rennes de la justice.

 

 

L'opposition directe entre les deux visions me paraît riche d'enseignements. Les aphorismes qui s'en dégagent sont à méditer. Quant un partisan de Chavez parle de diminution des inégalités, un social démocrate modéré parle de dégradation des services de base. Quant un partisan parle d'entreprise sociale, le modéré parle de pénurie. Quant un partisan parle de sécurité sociale, le social démocrate modéré parle d'effondrement des soins primaires. Quand un partisan parle de révolution démocratique, le social-démocrate parle de descente dans la barbarie pure et simple.

A chacun de choisir son modèle de société, car au moment de déposer son bulletin dans l'urne, il n'y a que parfois deux choix possibles.

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 18:55

Je puis le dire sans ambages. Il est vrai que l'histoire s'improvise plus qu'elle ne se décrète, que la réalité rattrape la fiction. Hollande a beau avoir aujourd'hui à son solde un minable 40%  de satisfécits; les sondés sont terriblement versatiles, mais les votants ne se dédiront pas. D'un point de vue de l'orthodoxie de gauche, Hollande fait presque un sans faute ! Il est patient, mais il applique son programme. Il a reçu un formidable blanc-seing de la part des Français, son élection doublée d'une crise lui donne toute latitude pour agir comme il l'entend. Il fait des erreurs techniques et dieu sait si elles sont nombreuses, mais il progresse à vue d'œil. Le discours en Algérie a même agréablement surpris. Ce ne sont pas les fantassins mélodramatiques qui le trouvent trop à droite qui y changeront quelque chose, ils sont le folklore de la gauche. Tout sympathisant naïf sera invariablement déçu par le mécanisme à double contrainte qui siège dans toute politique de gauche : toute réforme de gauche porte en elle un effet de bord négatif pour ceux qu'elle entend défendre. Hollande sera réélu ! Pourquoi cette affirmation pédante et emphatique ? L'Ètat préfère de toute façon prendre dans une main, ce qu'il redonnera dans l'autre. Il préfère contrôler plutôt que laisser-faire. Hollande et son gouvernement augmentent avec méthode la dépendance des citoyens envers l'Ètat. Cette recette est celle qui assure aujourd'hui la réélection. Cette dépendance accroit la crainte de chacun d'être livré à soi-même. Il suffira, même avec une descente aux enfers, d'un relèvement des courbes au dernier moment, de caresser certains électeurs juste avant l'échéance pour suffire à cette réélection. On peut s'imaginer que, au pays des aveugles les borgnes étant rois, le très peu nous donnera parfois, à nous libéraux et souteneurs du capitalisme, la sensation du contre-emploi. Une dose de libéralisme dans un océan de bureaucratisme offrira quelques illusions..

 

brejnev.jpg

Il est drôle de constater qu'aucune des mesures ne semble aller dans le bon sens économique. Pourtant Hollande nous rappelle à chaque fois qu'il espère diminuer le chômage et atténuer le déficit. A croire que si la croissance repart ou le chômage diminue,  des causes totalement exogènes à la politique française en seront les moteurs.

Du point de vue de la communication, Hollande parle peu, contrairement à son prédécesseur. Mais il n'est pas seul. Le gouvernement innove dans l'ébauche d'un totalitarisme à visage féminin. Ses anathèmes ne sont pas proférés par d'obscurs bureaucrates à calandre brejnevienne, mais par des jeunes femmes pleines de peps à qui nous donnerions le bon dieu sans confession (Aurélie, Cécile, Najat...)

Exemple de première mesure libérale du gouvernement : le projet de taxation à 75% doit être revisité (sic). L'humour sera l'arme principale... dans les dix années à venir.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:28

Introduction

Le tricentenaire concernant Jean-Jacques Rousseau me semble avoir eu un succès mitigé. La droite sauf intérêt intellectuel ne l'a jamais porté dans son coeur, ce qui est normal. Les libéraux à l'image de Benjamin Constant, même s'il en était un admirateur, l'ont considéré comme le principal inspirateur du totalitarisme. A gauche, il est diversement accueilli. Par exemple, des féministes comme Danièle Sallenave et Elisabeth Badinter le considère comme un obscurantiste à éviter. Michel Onfray qui voit les libéraux comme des fascistes le rejette d'emblée (Robespierre n'avait que les mots de Rousseau à la bouche). Pour la plupart des gens, il reste l'image d'un misanthrope insupportable. Bref, j'ai vu peu de personnes se montrer passionnées de Rousseau. Même si il y a beaucoup à dire sur la manière dont ses théories ont été récupérées, Il me paraît difficile d'éviter de parler d'un génie aussi puissant et éclectique,  que l'on considère comme le grand inspirateur de la révolution française. Les lectures les plus modernes des philosophes américains lui pardonnent les dérives de ceux qui se sont inspiré de ses théories et le considèrent comme un "libéral", ni antitotalitaire, ni classique, mais égalitaire.

 

Rousseau préfigure de l'intellectuel de gauche

Jean-Jacques Rousseau a inspiré la révolution française par le puissance de sa rhétorique, la magnificence de sa langue et l'amplitude de son système.

On assimile à juste titre Rousseau aux valeurs de gauche. Alain-Gérard Slama dans son excellent dernier livre « Ces écrivains qui ont fait la république » avance que Rousseau préfigurait l'intellectuel de gauche.

Les écrivains qui ont fait la RépubliqueCela est vrai si on assimile la gauche à une posture antagoniste, un besoin intrépide d'aller de l'avant, face à une droite qui contourne les conflits et fait attention en toutes circonstances aux pots cassés. Ceci est discutable si on assimile la gauche au socialisme. Rousseau, inventeur de la figure du riche, ne préfigure pas pour autant le socialisme. Les dernières lectures de Rousseau le distinguent plutôt comme un libéral égalitaire. Cette façon de l'aborder est intéressante pour mieux le comprendre.

La postérité a voué Rousseau aux gémonies, de son vivant pour avoir abandonné ses enfants, plus tard pour avoir enfanté le jacobinisme et la terreur. On peut aujourd'hui lui rendre grâce, en considérant que ce serait plutôt les révolutionnaires qui l'ont pillé pour s'en inspirer, et justifier leurs combinaisons. John Rawls en « libéral égalitaire », dans « la Théorie de la Justice » a entrepris cette réhabilitation (Source Céline Spector) en s'inspirant des idées de Rousseau et en le ramenant à la tradition libérale. Rappelons que Joan Trento théoricien du "Care" s'est inspiré de Rousseau.


Rousseau et la propriété

Rousseau est un libéral au sens où il plébiscite le droit de propriété et la liberté de l'individu. Son plébiscite de la propriété s'il est puissant, a offert dans la construction narrative et chronologique du discours sur l'inégalité et dans l'illustration à travers les constitutions de Corse et de Pologne quelques prises à tous les opposants au libéralisme issus des lumières.

Il est remarquable de noter que la citation de Rousseau qui est parmi la plus souvent répétée est la suivante... Elle est la source de nombreuses interprétations. Elle est très ambiguë lorsqu'elle est proférée hors contexte, car elle laisse entendre que la propriété serait pour Rousseau la source des inégalités.

 

Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, & trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de miseres & d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, & que la terre n’est à personne! (ici)

 

On oublie la suite où déjà Rousseau commence à remettre la propriété au centre de son système. Rousseau est un défenseur du droit de propriété et le respect de celle-ci est un des éléments de l'éducation d'Emile. Elle est bien entendu louable et elle est le symptôme, l'expression et non la source de l'inégalité entre les hommes. Cette citation est presque unique, dans l'oeuvre de Rousseau, les citations contraires sont multiples. (Chercher par exemple « propriété » dans l'ensemble de son oeuvre sur www.rousseauonline.ch

... car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain: il fallut faire bien des progres, acquérir bien de l’industrie & des lumieres, les transmettre & les augmenter d’âge en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature.


  Puis plus tard, il écrit dans son traité d'économie politique en défenseur radical de la propriété...


Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens, & plus important à certains égards que la liberté même; soit parce qu’il tient de plus près à la conservation de la vie; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper & plus pénibles à défendre que la personne, on doit plus respecter ce qui peut se ravir plus aisément; soit enfin parce que la propriété est le vrai fondement de la société civile, & le vrai garant des engagemens des citoyens: (ici)


Rousseau contre la puissance publique

L'histoire nous rappelle le plus souvent que les impôts prélevés en masse ont été des vecteurs importants de déclenchement des révolutions. Rousseau n'échappe pas à cette indignation dans ce passage extrait des confessions.. Il attribue sa révolte à la rencontre avec un paysan qui devait dissimuler son peu de richesse.

Tout ce qu’il me dit à ce sujet & dont je n’avois pas la moindre idée, me fit une impression qui ne s’effacera jamais. Ce fut-là le germe de cette haine inextinguible qui se développa depuis dans mon coeur contre les vexations qu’éprouve le malheureux peuple & contre ses oppresseurs. Cet homme quoique aisé, n’osoit manger le pain qu’il avoit gagné à la sueur de son front & ne pouvoit éviter sa ruine qu’en montrant la même misère qui régnoit autour de lui. Je sortis de sa maison aussi indigné qu’attendri & déplorant le sort de ces belles contrées à qui la nature n’a prodigué ses dons que pour en faire la proie des barbares publicains.

 

Rousseau s'accorde à limiter la puissance publique et à permettre au citoyen le contrôle de l'Etat par le contrat social.

En l’écartant de nos côtes j’aimois à lui faire admirer les riches & charmantes rives du pays de Vaud, où la quantité des villes, l’innombrable foule du peuple, les coteaux verdoyants & parés de toutes parts, forment un tableau ravissant; où la terre, partout cultivée & partout féconde, offre au laboureur, au pâtre, au vigneron, le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l’avide publicain.(là)

 

Le legs de Rousseau

Les théories de Rousseau précèdent la révolution française. Elles tentent d'ébaucher une république où les citoyens seraient égaux devant le loi et la droit. Rousseau s'ingénie tout au long de son œuvre à construire un système permettant de mettre de côté toute forme de pouvoir basée sur le droit divin et l'arbitraire. Le contrat social définit la notion de Volonté Générale. Adam Smith, quelques années plus tard, définira une notion similaire : Le "spectateur impartial" : ce citoyen de bon sens qui, sans être partie prenante, peut prendre la mesure des choses et établir des lois. S'il est vrai que Rousseau est un grand inspirateur de la gauche, il l'est sans doute plus par la posture, la révolte et moins par les théories. Si la gauche a toujours loué les progrès de la civilisation, elle commence à se détourner depuis peu de cette idée à travers l'écologie et le principe de précaution. Elle semble rejoindre Rousseau en première lecture, mais attention, il lui faut avancer avec précaution dans ses références à Rousseau. Par exemple, si l'extension de la culture est une idée chevillée à la gauche, Rousseau refuse l'installation d'un théâtre à Genève. Il préfère un peuple acteur de fêtes populaires plutôt que l'approche de vains déclamateurs qui auraient la prétention d'amuser ou d'éduquer. Il utilise entre autres l'argument des impôts pour contrer cette proposition qui prend déjà à contrepied les idées de son époque.

 

Au défaut de ces expédiens, je n’en vois qu’un qui soit praticable, c’est la voie des taxes & impositions, c’est d’assembler nos Citoyens & Bourgeois en conseil général dans le temple de S. Pierre, & la de leur proposer gravement d’accorder un impôt pour l’établissement de la Comédie. A Dieu ne plaise que je croie nos sages & dignes Magistrats capables de faire jamais une proposition semblable; & sur votre propre Article, on peut juger assez comment elle seroit reçue.()

 

De la même façon, l'idée reprise lors de la campagne électorale de 2012 par Philosophie Magazine opposant Rousseau à Hobbes est à prendre avec précaution. "L'homme est bon, il est corrompu par les institutions." Si cette citation présuppose a priori que l'homme est digne de confiance dans sa capacité de faire des choix, il peut donc s'affranchir aisément de l'influence trop prégnante de la société et plébisciter l'ordre spontané qui réduit l'état au minimum de ses prérogatives. Malheureusement, les émules de Rousseau, ni même les partisans de l'ordre spontané, ne l'ont interprétée en ce sens. Cette citation est même trompeuse, car dans l'application la plus courante il faudrait lire cette citation après la virgule : l'homme est corrompu, mais l'état est là pour créer des lois et éviter les dérives.

Comme le déplorait Frédéric Bastiat dont la critique de Rousseau est sans appel en 1848 : Puisque la société corrompt l'homme, on va tenter plutôt d'amoindrir les effets destructeurs de celle-ci par la profusion de lois. Les émules de Rousseau se sont ainsi appuyé sur la conséquence principale de cette théorie pour en contrer les effets, plutôt que sur son fondement. Ils ont été aidés en ceci par Rousseau qui semble avoir cherché une troisième voie entre l'ordre naturel et l'ordre imposé. Une voie qui s'apparenterait à une alliance possible entre économie et éthique à la manière de celle proposée par Amartya Sen.(source celinespector.com)

 

Rousseau, le misanthrope

Notre lecture d'aujourd'hui nous le montre à juste titre parfois comme le roi des mufles. Remarquons qu'il n'a jamais cédé à l'insulte, surtout au regard de son principal adversaire Voltaire. Il ne supportait pas l'insulte, à tel point que la plus grande partie de ses ouvrages est une tentative de justification et de dévoilement face aux autres et à la critique. Si son caractère était entier et ne semblait pas accepter la moindre compromission, il semble avoir été le plus souvent un homme simple et de bonne composition, sauf au cours de ces accès de paranoïa (justifié ?) qui se sont atténué à la fin de ses jours. Il a toujours refusé le moindre subside des gens de pouvoir pour rester indépendant. On imagine ce Genevois livré à lui-même dans une ville de Paris oú les codes de conduite étaient lourds et prégnants.

On a tôt fait de ranger Rousseau dans une boîte où éructe toute la misogynie du monde avec les yeux de notre époque, sans se décentrer un tant soit peu de celle-ci. Cette façon de voir proche d'une forme de politiquement correct, élude les avancées de la cause des femmes que ses idées ont permis de réaliser. A travers son livre, la Nouvelle Héloïse par exemple, la sensualité affleurante, la liberté assignée à Julie, l'héroïne, nous transporte à cent lieues parfois de sa misogynie de surface et de convention. Son attitude en général nous montre un Rousseau profondément sensuel et amoureux des femmes, au point d'en être plus d'une fois paralysé face à elles. De plus, Thérèse, sa « gouvernante », "lingère" de son état, est souvent affectée d'un certain mépris par les critiques, alors que Rousseau lui fut en un sens particulièrement fidèle et reconnaissant jusqu'à veiller avec le plus grand soin à ses besoins après sa mort.


Rousseau et l'égalité

Une des idées les plus fortes de Rousseau est sa quête de l'égalité. L'égalitarisme d'aujourd'hui ne semble pas inspiré de Rousseau car il ne se fonde pas sur l'état de nature. L'idée de Rousseau en son temps est extraordinaire. Ce dernier s'appuyant sur l'idée de nature refuse que l'incompétence s'impose sur la sagesse de manière arbitraire, ou que de jeunes nobliaux, par exemple, s'imposent sur les hommes de toutes conditions sous prétexte de leur lignée héréditaire. Le texte suivant décrivant les inégalités est splendide et tout à fait évocateur de la manière dont Rousseau percevait les inégalités avant la révolution. Rousseau décrit une inégalité où l'homme sans qualités avérées, fort de sa naissance, a droit à tous les égards.

Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissans & les riches? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls? toutes les graces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées? & l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes & les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, & dont au bout de six mois il n’est plus question? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussi-tôt en mouvement, & malheur aux innocens qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux? voilà les escortes en campagne: l’essieu de sa chaise vient-il à rompre? tout vole à son secours; fait-on du bruit à sa porte? il dit un mot, & tout se taît: la foule l’incommode-t-elle? il fait un signe, & tout se range: un charretier se trouve-t-il sur son passage? ses gens sont prêts à l’assommer; & cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seroient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sol; ils sont le droit de l’homme riche, & non le prix de la richesse. (ici)

 

Face à cette quête de l'égalité, Rousseau avait en face de lui, un autre libéral, il s'appelait Voltaire. Mais Voltaire était en quelque sorte un libéral "inégalitaire", un libéral qui s'accommodait de l'inégalité. Cette dernière pour Voltaire a ses avantages, le luxe, les arts, le rêve... Elle est un puissant moteur pour sortir de la pauvreté, le riche a sa place dans la société et tout le monde peut espérer devenir riche. Ainsi, le débat qui a opposé Rousseau et Voltaire sur ce thème est aujourd'hui profondément actuel . (Voir sur ce thème - Voltaire-Rousseau : deux conceptions modernes de l’égalité Canal Académie).


 

Rousseau et le socialisme

 

En réfléchissant à cette idée d'un Rousseau libéral à tendance égalitaire et à la bataille Voltaire-Rousseau, le socialisme appelant à la concentration de toutes les forces de production dans les mains de l'état n'est pas forcément la continuité des thèses de gauche traditionnelle issue de la révolution française, mais plutôt un accident de l'histoire, voire un corps étranger ayant colonisé la gauche française. Ceci met en relief le libéralisme égalitaire comme une tendance plus profonde de l'histoire des gauches et par contre-coup il met également en lumière l'extrémisme des Enragés Varlet, Leclerc prolongé par le Babouvisme. Si les Enragés, comme le laissait entendre Marx, sont des précurseurs du Socialisme, ce n'est pas le meilleur compliment qu'on puisse rendre à ces adeptes de la démocratie directe. Si cette descendance se révèle abusive, elle permet d'aborder l'action jusque-boutiste de ces antilibéraux déclarés, avec plus de curiosité, sans les assimiler à des crypoto-marxistes avant l'heure...

Tous les révolutionnaires ont lu Rousseau et tous semblent l'avoir lu partiellement de façon à y extraire des justifications à leurs intuitions ou à leurs turpitudes. On retrouve dans les discours de Robespierre des allusions constantes à Rousseau. Gracchus Babeuf semble se fonder sur l’ambiguïté de la citation de Rousseau vue plus haut pour fonder nombre de ses théories. Exemple : "Je crois qu'on ne contestera pas l'évidence de cette proposition : Que là où il n existerait aucune propriété, il ne pourrait exister aucune de ses pernicieuses conséquences. ».G Babeuf.

La faiblesse de la pensée de Rousseau, s'il en est, semble résider dans la négation de la coopération entre les hommes. L'année de sa mort paraît « De la richesse des nations » d'Adam Smith. Si Rousseau propose une anthropologie du malheur des hommes, non pas à partir d'un antagonisme de classe, mais à partir du sentiment de l'amour-propre. Ce sentiment incitant les hommes à la comparaison et à l'envie les éloigne des valeurs de coopération et de compassion et donc accroit l'inégalité entre les hommes. Adam Smith a travaillé de manière similaire à Rousseau en se fondant sur les sentiments humains avant d'élaborer une théorie politique. La théorie des sentiments moraux introduit la sympathie. A travers elle, un sentiment négatif comme la colère s'atténue et devient une émotion constructive entre plusieurs personnes. Il est surprenant que Ludwig Von Mises dans sa tentative d'explication des sources de la haine du capitalisme au milieu du siècle mentionne la jalousie et l'envie qui lui semblent être une composante de l'adhésion au socialisme. Il aurait pu aisément s'ancrer sur les théories de Rousseau sur l'amour-propre. Il est possible que Rousseau ait été un peu vite rangé dans la catégorie des précurseurs du totalitarisme et qu''il ait souffert d'une forme d'ostracisme. Rappelons que Voltaire l'avait profondément calomnié et insulté. Cette image a perduré et l'histoire de la révolution française, à l'aune du totalitarisme du Xxième siècle n'a pas arrangé sa réputation.

 

Résumé

 

Si Rousseau est un des fondements de la pensée de gauche, celle qui semble naître pendant la révolution, il serait ainsi un des précurseurs de la pensée de gauche née d'avant le socialisme. Après la naissance du socialisme, il est plus difficile d'assurer cette filiation, si ce n'est dans les multiples interprétations dérivées de sa puissante rhétorique.

En le taxant de misogynie sans le moindre recul, on risque bêtement de se priver de sa lecture. Il a permis au moins de façon indirecte de faire considérablement progresser la cause des femmes.

Rousseau peut encore nous aider en nous fournissant des outils pour penser notre monde.  Les références à Rousseau ne manquent pas, l'amplitude des thématiques qu'il a abordé est gigantesque. La quête de l'égalité en est une, récurrente et incontournable. Sa bataille contre Voltaire sur l'inégalité est une source de réflexion tout à fait moderne. Néanmoins, l'égalitarisme me paraît avoir la conviction pour elle, l'attitude et la posture, plutôt que les fondements théoriques car la quête égalitaire de Rousseau s'inspirait principalement de l'état de nature. Aujourd'hui les lectures de Rousseau le montrant comme une ancêtre du collectivisme perdent de leur vigueur contrairement à celles qui le décrivent plutôt comme un libéral égalitaire.


Lectures conseilléess

  • Traité d'économie politique plus facile à lire que le contrat social
  • La Nouvelle Héloïse pour l'illustration de ses théories en filigrane
  • Pour le plaisir de la littérature : les Rêveries et les Confessions
  • Pour comprendre ses théories : Les dialogues, l'Emile
  • Discours sur l'inégalité : langue envoûtante et magnifique pour un traité de ce type

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 19:34

Les chaussettes m'en tombent.. J'ai toujours cru que le régime hitlérien était une excroissance vengeresse de l'histoire. Il fallait une conviction solide dans le capitalisme libéral pour ne pas croire que le fascisme hitlérien était une forme de repositionnement du capitalisme pour reprendre le contrôle du capital, faire renaître l'impérialisme allemand et résorber la crise par une guerre à outrance. Au vu de ce livre clair et plein de retenue de Benoît Malbranque, ce serait bien le socialisme le véritable accident de l'histoire.

"Ainsi lui (Hitler) viendra l’idée  d’une « troisième voie », entre le capitalisme, qu’il détestait, et le communisme, dont il observait les échecs. Comme dans le communisme, l’Etat aurait les pleins pouvoirs sur le système économique. Comme dans le capitalisme, les entreprises resteraient pour autant dans des mains privées."


Plus tard, les juifs représentant à eux seuls tout ce que le capitalisme libéral pouvait représenter, l'antisémitisme devint un cheval de bataille exemplaire du régime.

Benoît Malbranque considère que sans nous en rendre compte, nous empruntons le même chemin. Voir son interview et lire le livre ici....

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 15:46

 Les enseignants qui travaillent dans les zones d'éducation prioritaire sont parmi les héros de notre société, ils recollent les plaies de celle-ci. Chaque jour, ils ont affaire à des enfants perdus, qui n'ont pas digéré tous les codes, le vocabulaire et les exigences de notre société. L'enseignant aux prises avec ces enfants, dont la majorité est musulmane, qui ont du mal à se situer entre leur origine designée dans le bled et leur nationalité française tentent de leur inculquer par tous les moyens possibles un minimum de culture, de montrer aux parents que l'on ne cherche pas à les exclure, mais à simplement leur apprendre à décoder notre société. À leur faire comprendre que celle-ci est une société ouverte et moins contraignante que nombre d'autres à partir du moment où l'on a compris quelques-unes de ses exigences en matière de participation, de tolérance et d'éducation. D'un autre côté, et c'est cela le plus difficile, cet enseignant héroïque est aux prises avec une administration dont le tatillon n'a d'égal que la volonté délirante d'appliquer des procédures généralisées et absurdes. Ces enseignants sont parmi les moins bien lotis de l'Éducation nationale. Celle-ci leur fait valoir leur patience et les gains hypothétiques en points obtenus à être dans ce tourbillon, ce qui va à l'encontre de leur éthique et de leur engagement. Plus ils seront proches de leurs élèves, moins ils auront de temps à appliquer les procédures, moins ils seront reconnus par leur administration.

 Ils endurent également les remontrances des inspecteurs qui, eux-mêmes victimes de ce système, les incitent tous les jours à remplir des papiers que personne ne lira, plutôt que passer du temps à essayer d'aider leurs élèves. Ainsi, l'enseignant devient aujourd'hui une machine dont la priorité première est d'appliquer avec un vocabulaire inadapté, des procédures surdimensionnées, dont la pertinence paraît discutable. Ces enseignants glanent la récompense de leur travail dans les relations éphémères et puissantes qu'îls tissent avec leurs élèves, avec les espoirs qu'ils suscitent, tout en luttant contre l'administration kafkaïenne qui les dirige. S'ils veulent être soutenus, il leur faut trouver un moyen de maquiller leur talent pédagogique pour afficher leur docile respect  des procédures. Ils aident des élèves, mais ils n'auront aucun retour. Jamais l'administration ne trouve un moyen de leur donner un retour sur l'avenir de leurs élèves.

Dans une logique capitaliste, les personnes les mieux récompensées seraient celles qui sont au plus près des objectifs de la société. Ainsi, le vendeur au contact direct avec le client est reconnu pour cette qualité, au détriment parfois des ingénieurs de l'ombre qui créent les produits et facilitent la vente. Si on appliquait une logique capitaliste à ces professeurs, placés sur la ligne de front de notre société, ils devraient avoir le salaire le plus élevé des enseignants et être considérés comme les fers de lance de l'éducation nationale, comme le sont les meilleurs vendeurs au contact des clients, ou même encore plus prosaïquement, des commandos parachutistes, les plus exposés, dont l'image représentait le courage et forgeait la légende des armées.

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 21:42

J'ai suivi ces deux dernières semaines les excellentes éditions de Répliques sur France Culture. La première était consacrée à l'anthropologue Emmanuel Terray et à son livre concernant la pensée de droite dont le message ici est en partie inspiré. Le principal invariant de la gauche serait le goût du changement... Ainsi, dans ce paradigme, Brejnev serait de droite et Hitler... de gauche.

Ce samedi l'émission était centrée sur le thème de l'éducation. Philippe Meirieu, antilibéral, grand ordonnateur de réformes de l'enseignement français face au libéral Philippe Nemo, auteur entre autres de la France aveuglée par le socialisme.

Si je veux bien convenir de la plupart des analyses de Philippe Némo, il y a un point où je rejoindrais Philippe Meyrieu : les classes hétérogènes. Dans un monde où l'on suppose que les menaces de coups de couteaux ne sont pas l'apanage des lycées hétérogènes et que les lois sont respectées, les classes homogènes me semblent une aberration. En effet, l'hétérogénéité des niveaux permet une émulation positive. Le bon élève évolue généralement dans un milieu favorable et si le milieu hétéroclite de sa classe nuisait à son apprentissage d'élite, il aurait tôt fait de rattraper par la suite son "retard". Les enseignants en Suisse obtiennent parfois des résultats similaires aux résultats des classes hétérogènes. (Hélas, ici aussi, les classes hétérogènes sont remplacées par des classes homogènes) Les meilleurs sont confortés et n'en deviennent pas meilleurs en proportion pour autant. Ils peuvent même apprendre quelque arrogance, se contenter de l'élite de pacotille dont ils leur semblent faire partie. Ils pourront ainsi même s'essayer à plus d'égoïsme et de quant à soi. De l'autre côté, les classes homogènes de bas niveau deviennent des mouroirs de l'éducation. De plus, derrière le grand rêve éducatif et socialiste qui a influencé ces trente dernières années, on trouve la propension à dénier l'apprentissage et le manuel. Les bons élèves ne seraient d'emblée que des intellectuels avant d'espérer le devenir par la passion des livres, par exemple. Voir à ce propos, cet article de Libération : Moi, boucher, je jette un os dans la mare de l’emploi

En classe homogène, il y a pour les classes considérées comme de faible niveau peu d'échappatoires possibles ni d'émulation. Nos élèves vont subir toute l'année sans jamais se confronter aux autres, en ne voyant d'horizon que leurs pareils. Pourquoi les résultats des hétérogènes montent-ils en comparaison des résulats des homogènes? Parce que dans ce cadre, le déclic peut se produire, le cancre peut parfois devenir bon élève du jour au lendemain. Tout peut arriver et rien n'est jamais acquis. On oublie combien les élèves sont encore jeunes et sensibles au moindre encouragement, aux punitions ou à la moindre des attentions. Un élève réputé "un peu bête" peut changer de comportement et rapidement refaire son retard. Si l'enseignement est agile et le prof habile, il utilisera la technique du parrainage. Un bon élève sera le mentor d'un autre élève et sera récompensé des progrès de son filleul. Cet apprentissage de la collaboration est bien plus utile à l'entreprise que la mentalité de ce futur diplômé aux dents longues ne le serait : habitué au travail en solitaire et à la seule gestion de sa carrière, incapable de travailler en équipe. L'entreprise du XXIème siècle, a plus grand besoin de collaboration entre ses employés que de bousculade et de lèche-bottes à l'image des premiers rangs de classe.

La saine concurrence prônée par la philosophie du libéralisme n'est pas le nivellement, au contraire. Elle suppose que tout le monde puisse entrer dans l'arène et essayer de devenir ce qu'il fera le choix d'être. C'est la première et plus importante égalité, le reste appartient aux individus et ce n'est pas à l'Etat de décider de l'ordre d'arrivée des courses ou de niveler les possibles de chacun des citoyens.

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 20:08

Les conférences d'été de Michel Onfray sur France-Culture sont l'occasion de parler des errements de la gauche totalitaire. Une oeuvre salutaire de qualqu'un qui ne pourra être soupçonné de pencher vers le libéralisme ou la droite.

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 15:04

Rue89 se délecte d'un article de François Hollande écrit en 85, « Un mélo de série B » : quand Hollande se payait Guy Sorman, qui taille des croupières au libéralisme proné par Guy Sorman. Hollande fait mouche  grâce à son sens de l'humour et au punch de son article. 

Cela commence avec les mêmes acteurs : Reagan, réduit désormais au second rôle (dur de tenir dans ce métier), Hayek, jeune premier malgré ses quatre-vingt ans passés, et Frédéric Bastiat, cet Humphrey Bogart de l’économie trop tôt disparu.

Hollande reproche à Sorman de faire du neuf avec du vieux. Aujourd'hui, Sorman campe sur ses positions et plébiscite toujours un état minimum. Examinons les trois raisons invoquées par Hollande qui tente de ringardiser, il y a plus de 20 ans, les arguments de Sorman.

"C’est donc ça le libéralisme :

  • le mirage américain, alors que l’économie française est bien plus ouverte et exportatrice que celle d’outre-Atlantique ;
  • la suppression du Smic, alors que l’OCDE conclut, dans son dernier rapport consacré à la France, qu’une hausse du salaire minimal n’a pratiquement pas d’effet perceptible sur le marché du travail des jeunes ;
  • la déréglementation, alors que, partout où l’on a entrepris cette politique, on s’inquiète de ses conséquences sur la sécurité des consommateurs."

Les raisons de Hollande me semblent aujourd'hui sujettes à discussion.

1. Pour de multiples raisons, les exportations américaines battent des records et je ne crois pas que l'industrie française fasse de même.

2. La droite a essayé à juste titre de contourner les contraintes d'airain du salaire minimum avec le smic jeune en 93 et le CPE avec villepin. elle a échoué par deux fois. Avec les résultats que l'on sait, les jeunes sont au chômage dans une proportion plus importante uue la moyenne. Depuis ces deux échecs, la droite a lâché prise sur cette question.

3.  Les multiples reglementations qui assaillent les entreprises aujourd'hui assurent-elles, avec l'aide du principe de précaution, une meilleure sécurité du consommateur? En tous cas, elles pèsent lourdement aujourd'hui sur les entreprises.

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