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  • : Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
  • : Partagez l'itinéraire d'un électeur de gauche devenu un adepte de la mondialisation libérale. Employé d'une "world wide company", l'auteur vit la mondialisation au quotidien et ne s'en plaint pas. Peu de mouvements d'humeur, des faits et des chiffres!
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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 00:05
Le socialisme libéral est finalement une idée déjà appliquée. Nous l'avons vu à travers le message "Le programme socialiste de 1880 est presque entièrement appliqué." Le capitalisme sous la pression des mouvements sociaux marxisants a adapté au XXème siècle, dans la mesure de ses possibilités, un maximum d'idées inspirées par le socialisme. Dans cette même logique socialiste, Lionel Jospin a mis en place les trente-cinq heures. Ainsi, aujourd'hui, on peut comprendre le manque d'imagination du Parti Socialiste à qui il est difficile d'ouvrir plus à gauche si ce n'est à déclarer "l'insurrection antilibérale". Ouvrir au centre, seule voie possible, lui est difficile avec l'extrême gauche montant la garde.

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5 mars 2020 4 05 /03 /mars /2020 00:01
Ne pas se gausser des déclarations emphatiques de droits quelconques. Le droit... Ceux de la révolution française et de l'américaine ont préluder à un tel pas pour l'humanité qu'ils
Les autres ont de fortes chances d'être des enfilages de perle ou pire des contributions négatives..

Le mieux les droits de propriété sont les plus discutés et les plus faibless



http://www.timesonline.co.uk/article/0,,1072-2511042.html

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 18:13

La démocratie directe en Suisse, dont on pourrait penser qu'elle puisse limiter les prérogatives de l'état, fonctionne parfois à front renversé. De nombreuses initiatives tendent à augmenter la bureaucratie et le contrôle de l'État alors que le gouvernement lui-même ne soutient pas ces initiatives : contingentement de l'immigration, contrôle des plafonds de salaires, salaire minimum... L'initiative des syndicats visant à instaurer un salaire minimum va dans ce sens. Voici quelques  réflexions à ce propos...  

 

Pour un homme de gauche avéré comme Goucho et pour la plupart des commentateurs bien intentionnés, il ne fait aucun doute que le salaire minimum garanti est un acquis social, voire une avancée pour toute civilisation démocratique. Pourtant, cette "évidence" est porteuse d'effets de bord puissants qui modèlent notre société. Aucun politicien en France n’oserait avancer la suppression de ce salaire minimum, tout en s’ingéniant constamment à le contourner.

 

  • ·         Dans le meilleur des cas, le salaire minimum ne sert à rien.

Si le salaire minimum est au prix du marché, il n’a pas d’effet économique. Il ne sert donc à rien. Il peut exister nombre d’autres systèmes comme le RSA en France pour le remplacer. En Suisse, le salaire minimum existe de manière implicite, il est dépendant des régions et de leur environnement économique. Son instauration au niveau national romprait ce déséquilibre.

  • ·         Il constitue un levier potentiel pour les politiciens démagogiques

 Il constitue un levier potentiel pour tous les politiciens qui peuvent pour se faire élire, professer son augmentation. L'attitude compassionnelle envers le salaire minimum est d'une emphase qui frise le ridicule.

  • ·         L'instauration du salaire minimum instaure un changement de paradigme

Le système de pensée de la gauche est inspiré de la lutte des classes en supposant que le patron est un exploiteur potentiel de son personnel. En instaurant, un salaire minimum on valorise ce paradigme. En instaurant un salaire au-dessus du prix du marché, on le met en scène. les travailleurs s’anonymisent. ils deviennent des numéros, des “smicards”. Il y a moins de négociation individuelle de salaires et de négociation tout court. Les rapports de forces deviennent la norme. Les rôles se figent. Les patrons freinent des deux pieds et les syndicats poussent dans le registre des acquis sociaux.

  • ·         Les salaires s’aplatissent ou le chômage augmente

Pour compenser les dépenses sur les bas salaires trop élevés, les entreprises diminuent les salaires de ceux qui pourraient être au-dessus du salaire minimum. Les travailleurs peu qualifiés et les travailleurs un peu plus qualifiés sont logés à la même enseigne. Si les entrepreneurs ne peuvent compenser cette augmentation de salaire, ils n’embauchent pas. 

  • ·         Le SMIC augmente la dépendance des entreprises à l’état et la bureaucratie.

Le gouvernement fixe le jeu des taxes qui s'appliquent aux salaires. En instituant également les salaires planchers, il diminue donc d'autant les marges de manoeuvre des entreprises. Après que Hollande avec sa main gauche ait augmenté le Smic, la main droite de son premier ministre Valls propose des mesures pour contrer les effets pervers du SMIC et les effets de bords deviennent ingérables. À ce jeu, il n’y a que la bureaucratie et les politiciens qui y gagnent.

  • ·         Le SMIC est inégalitaire et discriminatoire

Le SMIC prive d’accès à l’emploi les travailleurs peu qualifies et les "discriminent". Le semblant d’égalité salariale se double de difficultés d’accès au monde du travail pour ceux qui ne sont pas immédiatement rentables. Voir “Pourquoi les émeutes suédoises?

  • ·         La France est un excellent laboratoire des effets pervers du SMIC.

Le SMIC trop proche du salaire moyen en France a tenté d’être contourné plusieurs fois. Par Balladur en 93 et avec le SMIC jeune avec le gouvernement Chirac. Par 2 fois, la droite a plié. Elle a depuis abandonné avec les résultats que l’on sait sur le chômage. On trouvera toujours de doctes et mesurés commentateurs pour nous dire que le SMIC est un facteur d’égalité en France. Les troubles des banlieues, le nombre des travailleurs clandestins sont un des effets pervers potentiels d’un salaire minimum trop élevé qui rend les entreprises moins flexibles et plus dépendantes de l’État. Dans ce cadre, les Français en sont réduits à rêver d'inverser la courbe. Les politiciens eux s’accommodent du chômage depuis 30 ans et dans le pire des cas le provoquent par de multiples lois et impôts contracdictoires qui empêchent de travailler "en rond".

  • ·         Le SMIC est une forme de protectionnisme pervers des travailleurs

Les syndicats suisses professent qu’une entreprise qui ne peut payer 4000 CHF ses travailleurs n’est pas viable. Il faut donc à ces « capitalistes » purs et durs que sont les syndicats suisses des entreprises dégageant une marge subséquente. Les petites entreprises ont dans ce cadre moins le droit d’exister et de tenter de croître.

  • ·          Le SMIC suppose un niveau de productivité minimum

Le salaire minimum est donc une revendication de productivité minimum. Une entreprise de faible productivité n’est pas viable. Il est vrai que dans une entreprise familiale dépendant de la sueur de ses actifs, on trouve peu de syndicalistes engagés. Pour pouvoir survivre sur le long terme, les entreprises vont utiliser des machines et négliger la main de l’homme. Cette revendication d’un haut salaire minimum participe de manière importante à modeler notre société.

 

Le climat de travail est sans doute dans l’ensemble beaucoup plus apaisé qu’en France, car les entrepreneurs ont plus de marge de manœuvres, les rapports de force n'y sont pas toujours la régle et la concurrence vive entre les entreprises pour trouver un bon employé..

Gageons que si le salaire minimum passe en Suisse, ce climat ne s’améliorera pas. Mais les commentaires seront élogieux. On y verra pour ce pays une manière de se « civiliser ». Si les Suisses votent contre (comme nous l’avons fait à Genève l’an dernier), ce signe intéressant et différentiateur de ce pays, pour un capitalisme moins réglementé et donc plus humain, suscitera peu de commentaires.

On lira cet article sur le salaire minimum ; enfer pavé de bonnes intentions. Celui-ci également plus détaillé.

On lira cette lettre ouverte pour éviter la pauvreté, aux autorités politiques aux USA,

Si on n'est pas encore convaincu, on écoutera l'émission de cet article à partir de la 31ème minute.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:28

Introduction

Le tricentenaire concernant Jean-Jacques Rousseau me semble avoir eu un succès mitigé. La droite sauf intérêt intellectuel ne l'a jamais porté dans son coeur, ce qui est normal. Les libéraux à l'image de Benjamin Constant, même s'il en était un admirateur, l'ont considéré comme le principal inspirateur du totalitarisme. A gauche, il est diversement accueilli. Par exemple, des féministes comme Danièle Sallenave et Elisabeth Badinter le considère comme un obscurantiste à éviter. Michel Onfray qui voit les libéraux comme des fascistes le rejette d'emblée (Robespierre n'avait que les mots de Rousseau à la bouche). Pour la plupart des gens, il reste l'image d'un misanthrope insupportable. Bref, j'ai vu peu de personnes se montrer passionnées de Rousseau. Même si il y a beaucoup à dire sur la manière dont ses théories ont été récupérées, Il me paraît difficile d'éviter de parler d'un génie aussi puissant et éclectique,  que l'on considère comme le grand inspirateur de la révolution française. Les lectures les plus modernes des philosophes américains lui pardonnent les dérives de ceux qui se sont inspiré de ses théories et le considèrent comme un "libéral", ni antitotalitaire, ni classique, mais égalitaire.

 

Rousseau préfigure de l'intellectuel de gauche

Jean-Jacques Rousseau a inspiré la révolution française par le puissance de sa rhétorique, la magnificence de sa langue et l'amplitude de son système.

On assimile à juste titre Rousseau aux valeurs de gauche. Alain-Gérard Slama dans son excellent dernier livre « Ces écrivains qui ont fait la république » avance que Rousseau préfigurait l'intellectuel de gauche.

Les écrivains qui ont fait la RépubliqueCela est vrai si on assimile la gauche à une posture antagoniste, un besoin intrépide d'aller de l'avant, face à une droite qui contourne les conflits et fait attention en toutes circonstances aux pots cassés. Ceci est discutable si on assimile la gauche au socialisme. Rousseau, inventeur de la figure du riche, ne préfigure pas pour autant le socialisme. Les dernières lectures de Rousseau le distinguent plutôt comme un libéral égalitaire. Cette façon de l'aborder est intéressante pour mieux le comprendre.

La postérité a voué Rousseau aux gémonies, de son vivant pour avoir abandonné ses enfants, plus tard pour avoir enfanté le jacobinisme et la terreur. On peut aujourd'hui lui rendre grâce, en considérant que ce serait plutôt les révolutionnaires qui l'ont pillé pour s'en inspirer, et justifier leurs combinaisons. John Rawls en « libéral égalitaire », dans « la Théorie de la Justice » a entrepris cette réhabilitation (Source Céline Spector) en s'inspirant des idées de Rousseau et en le ramenant à la tradition libérale. Rappelons que Joan Trento théoricien du "Care" s'est inspiré de Rousseau.


Rousseau et la propriété

Rousseau est un libéral au sens où il plébiscite le droit de propriété et la liberté de l'individu. Son plébiscite de la propriété s'il est puissant, a offert dans la construction narrative et chronologique du discours sur l'inégalité et dans l'illustration à travers les constitutions de Corse et de Pologne quelques prises à tous les opposants au libéralisme issus des lumières.

Il est remarquable de noter que la citation de Rousseau qui est parmi la plus souvent répétée est la suivante... Elle est la source de nombreuses interprétations. Elle est très ambiguë lorsqu'elle est proférée hors contexte, car elle laisse entendre que la propriété serait pour Rousseau la source des inégalités.

 

Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, & trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de miseres & d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, & que la terre n’est à personne! (ici)

 

On oublie la suite où déjà Rousseau commence à remettre la propriété au centre de son système. Rousseau est un défenseur du droit de propriété et le respect de celle-ci est un des éléments de l'éducation d'Emile. Elle est bien entendu louable et elle est le symptôme, l'expression et non la source de l'inégalité entre les hommes. Cette citation est presque unique, dans l'oeuvre de Rousseau, les citations contraires sont multiples. (Chercher par exemple « propriété » dans l'ensemble de son oeuvre sur www.rousseauonline.ch

... car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain: il fallut faire bien des progres, acquérir bien de l’industrie & des lumieres, les transmettre & les augmenter d’âge en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature.


  Puis plus tard, il écrit dans son traité d'économie politique en défenseur radical de la propriété...


Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens, & plus important à certains égards que la liberté même; soit parce qu’il tient de plus près à la conservation de la vie; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper & plus pénibles à défendre que la personne, on doit plus respecter ce qui peut se ravir plus aisément; soit enfin parce que la propriété est le vrai fondement de la société civile, & le vrai garant des engagemens des citoyens: (ici)


Rousseau contre la puissance publique

L'histoire nous rappelle le plus souvent que les impôts prélevés en masse ont été des vecteurs importants de déclenchement des révolutions. Rousseau n'échappe pas à cette indignation dans ce passage extrait des confessions.. Il attribue sa révolte à la rencontre avec un paysan qui devait dissimuler son peu de richesse.

Tout ce qu’il me dit à ce sujet & dont je n’avois pas la moindre idée, me fit une impression qui ne s’effacera jamais. Ce fut-là le germe de cette haine inextinguible qui se développa depuis dans mon coeur contre les vexations qu’éprouve le malheureux peuple & contre ses oppresseurs. Cet homme quoique aisé, n’osoit manger le pain qu’il avoit gagné à la sueur de son front & ne pouvoit éviter sa ruine qu’en montrant la même misère qui régnoit autour de lui. Je sortis de sa maison aussi indigné qu’attendri & déplorant le sort de ces belles contrées à qui la nature n’a prodigué ses dons que pour en faire la proie des barbares publicains.

 

Rousseau s'accorde à limiter la puissance publique et à permettre au citoyen le contrôle de l'Etat par le contrat social.

En l’écartant de nos côtes j’aimois à lui faire admirer les riches & charmantes rives du pays de Vaud, où la quantité des villes, l’innombrable foule du peuple, les coteaux verdoyants & parés de toutes parts, forment un tableau ravissant; où la terre, partout cultivée & partout féconde, offre au laboureur, au pâtre, au vigneron, le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l’avide publicain.(là)

 

Le legs de Rousseau

Les théories de Rousseau précèdent la révolution française. Elles tentent d'ébaucher une république où les citoyens seraient égaux devant le loi et la droit. Rousseau s'ingénie tout au long de son œuvre à construire un système permettant de mettre de côté toute forme de pouvoir basée sur le droit divin et l'arbitraire. Le contrat social définit la notion de Volonté Générale. Adam Smith, quelques années plus tard, définira une notion similaire : Le "spectateur impartial" : ce citoyen de bon sens qui, sans être partie prenante, peut prendre la mesure des choses et établir des lois. S'il est vrai que Rousseau est un grand inspirateur de la gauche, il l'est sans doute plus par la posture, la révolte et moins par les théories. Si la gauche a toujours loué les progrès de la civilisation, elle commence à se détourner depuis peu de cette idée à travers l'écologie et le principe de précaution. Elle semble rejoindre Rousseau en première lecture, mais attention, il lui faut avancer avec précaution dans ses références à Rousseau. Par exemple, si l'extension de la culture est une idée chevillée à la gauche, Rousseau refuse l'installation d'un théâtre à Genève. Il préfère un peuple acteur de fêtes populaires plutôt que l'approche de vains déclamateurs qui auraient la prétention d'amuser ou d'éduquer. Il utilise entre autres l'argument des impôts pour contrer cette proposition qui prend déjà à contrepied les idées de son époque.

 

Au défaut de ces expédiens, je n’en vois qu’un qui soit praticable, c’est la voie des taxes & impositions, c’est d’assembler nos Citoyens & Bourgeois en conseil général dans le temple de S. Pierre, & la de leur proposer gravement d’accorder un impôt pour l’établissement de la Comédie. A Dieu ne plaise que je croie nos sages & dignes Magistrats capables de faire jamais une proposition semblable; & sur votre propre Article, on peut juger assez comment elle seroit reçue.()

 

De la même façon, l'idée reprise lors de la campagne électorale de 2012 par Philosophie Magazine opposant Rousseau à Hobbes est à prendre avec précaution. "L'homme est bon, il est corrompu par les institutions." Si cette citation présuppose a priori que l'homme est digne de confiance dans sa capacité de faire des choix, il peut donc s'affranchir aisément de l'influence trop prégnante de la société et plébisciter l'ordre spontané qui réduit l'état au minimum de ses prérogatives. Malheureusement, les émules de Rousseau, ni même les partisans de l'ordre spontané, ne l'ont interprétée en ce sens. Cette citation est même trompeuse, car dans l'application la plus courante il faudrait lire cette citation après la virgule : l'homme est corrompu, mais l'état est là pour créer des lois et éviter les dérives.

Comme le déplorait Frédéric Bastiat dont la critique de Rousseau est sans appel en 1848 : Puisque la société corrompt l'homme, on va tenter plutôt d'amoindrir les effets destructeurs de celle-ci par la profusion de lois. Les émules de Rousseau se sont ainsi appuyé sur la conséquence principale de cette théorie pour en contrer les effets, plutôt que sur son fondement. Ils ont été aidés en ceci par Rousseau qui semble avoir cherché une troisième voie entre l'ordre naturel et l'ordre imposé. Une voie qui s'apparenterait à une alliance possible entre économie et éthique à la manière de celle proposée par Amartya Sen.(source celinespector.com)

 

Rousseau, le misanthrope

Notre lecture d'aujourd'hui nous le montre à juste titre parfois comme le roi des mufles. Remarquons qu'il n'a jamais cédé à l'insulte, surtout au regard de son principal adversaire Voltaire. Il ne supportait pas l'insulte, à tel point que la plus grande partie de ses ouvrages est une tentative de justification et de dévoilement face aux autres et à la critique. Si son caractère était entier et ne semblait pas accepter la moindre compromission, il semble avoir été le plus souvent un homme simple et de bonne composition, sauf au cours de ces accès de paranoïa (justifié ?) qui se sont atténué à la fin de ses jours. Il a toujours refusé le moindre subside des gens de pouvoir pour rester indépendant. On imagine ce Genevois livré à lui-même dans une ville de Paris oú les codes de conduite étaient lourds et prégnants.

On a tôt fait de ranger Rousseau dans une boîte où éructe toute la misogynie du monde avec les yeux de notre époque, sans se décentrer un tant soit peu de celle-ci. Cette façon de voir proche d'une forme de politiquement correct, élude les avancées de la cause des femmes que ses idées ont permis de réaliser. A travers son livre, la Nouvelle Héloïse par exemple, la sensualité affleurante, la liberté assignée à Julie, l'héroïne, nous transporte à cent lieues parfois de sa misogynie de surface et de convention. Son attitude en général nous montre un Rousseau profondément sensuel et amoureux des femmes, au point d'en être plus d'une fois paralysé face à elles. De plus, Thérèse, sa « gouvernante », "lingère" de son état, est souvent affectée d'un certain mépris par les critiques, alors que Rousseau lui fut en un sens particulièrement fidèle et reconnaissant jusqu'à veiller avec le plus grand soin à ses besoins après sa mort.


Rousseau et l'égalité

Une des idées les plus fortes de Rousseau est sa quête de l'égalité. L'égalitarisme d'aujourd'hui ne semble pas inspiré de Rousseau car il ne se fonde pas sur l'état de nature. L'idée de Rousseau en son temps est extraordinaire. Ce dernier s'appuyant sur l'idée de nature refuse que l'incompétence s'impose sur la sagesse de manière arbitraire, ou que de jeunes nobliaux, par exemple, s'imposent sur les hommes de toutes conditions sous prétexte de leur lignée héréditaire. Le texte suivant décrivant les inégalités est splendide et tout à fait évocateur de la manière dont Rousseau percevait les inégalités avant la révolution. Rousseau décrit une inégalité où l'homme sans qualités avérées, fort de sa naissance, a droit à tous les égards.

Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissans & les riches? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls? toutes les graces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées? & l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes & les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, & dont au bout de six mois il n’est plus question? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussi-tôt en mouvement, & malheur aux innocens qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux? voilà les escortes en campagne: l’essieu de sa chaise vient-il à rompre? tout vole à son secours; fait-on du bruit à sa porte? il dit un mot, & tout se taît: la foule l’incommode-t-elle? il fait un signe, & tout se range: un charretier se trouve-t-il sur son passage? ses gens sont prêts à l’assommer; & cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seroient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sol; ils sont le droit de l’homme riche, & non le prix de la richesse. (ici)

 

Face à cette quête de l'égalité, Rousseau avait en face de lui, un autre libéral, il s'appelait Voltaire. Mais Voltaire était en quelque sorte un libéral "inégalitaire", un libéral qui s'accommodait de l'inégalité. Cette dernière pour Voltaire a ses avantages, le luxe, les arts, le rêve... Elle est un puissant moteur pour sortir de la pauvreté, le riche a sa place dans la société et tout le monde peut espérer devenir riche. Ainsi, le débat qui a opposé Rousseau et Voltaire sur ce thème est aujourd'hui profondément actuel . (Voir sur ce thème - Voltaire-Rousseau : deux conceptions modernes de l’égalité Canal Académie).


 

Rousseau et le socialisme

 

En réfléchissant à cette idée d'un Rousseau libéral à tendance égalitaire et à la bataille Voltaire-Rousseau, le socialisme appelant à la concentration de toutes les forces de production dans les mains de l'état n'est pas forcément la continuité des thèses de gauche traditionnelle issue de la révolution française, mais plutôt un accident de l'histoire, voire un corps étranger ayant colonisé la gauche française. Ceci met en relief le libéralisme égalitaire comme une tendance plus profonde de l'histoire des gauches et par contre-coup il met également en lumière l'extrémisme des Enragés Varlet, Leclerc prolongé par le Babouvisme. Si les Enragés, comme le laissait entendre Marx, sont des précurseurs du Socialisme, ce n'est pas le meilleur compliment qu'on puisse rendre à ces adeptes de la démocratie directe. Si cette descendance se révèle abusive, elle permet d'aborder l'action jusque-boutiste de ces antilibéraux déclarés, avec plus de curiosité, sans les assimiler à des crypoto-marxistes avant l'heure...

Tous les révolutionnaires ont lu Rousseau et tous semblent l'avoir lu partiellement de façon à y extraire des justifications à leurs intuitions ou à leurs turpitudes. On retrouve dans les discours de Robespierre des allusions constantes à Rousseau. Gracchus Babeuf semble se fonder sur l’ambiguïté de la citation de Rousseau vue plus haut pour fonder nombre de ses théories. Exemple : "Je crois qu'on ne contestera pas l'évidence de cette proposition : Que là où il n existerait aucune propriété, il ne pourrait exister aucune de ses pernicieuses conséquences. ».G Babeuf.

La faiblesse de la pensée de Rousseau, s'il en est, semble résider dans la négation de la coopération entre les hommes. L'année de sa mort paraît « De la richesse des nations » d'Adam Smith. Si Rousseau propose une anthropologie du malheur des hommes, non pas à partir d'un antagonisme de classe, mais à partir du sentiment de l'amour-propre. Ce sentiment incitant les hommes à la comparaison et à l'envie les éloigne des valeurs de coopération et de compassion et donc accroit l'inégalité entre les hommes. Adam Smith a travaillé de manière similaire à Rousseau en se fondant sur les sentiments humains avant d'élaborer une théorie politique. La théorie des sentiments moraux introduit la sympathie. A travers elle, un sentiment négatif comme la colère s'atténue et devient une émotion constructive entre plusieurs personnes. Il est surprenant que Ludwig Von Mises dans sa tentative d'explication des sources de la haine du capitalisme au milieu du siècle mentionne la jalousie et l'envie qui lui semblent être une composante de l'adhésion au socialisme. Il aurait pu aisément s'ancrer sur les théories de Rousseau sur l'amour-propre. Il est possible que Rousseau ait été un peu vite rangé dans la catégorie des précurseurs du totalitarisme et qu''il ait souffert d'une forme d'ostracisme. Rappelons que Voltaire l'avait profondément calomnié et insulté. Cette image a perduré et l'histoire de la révolution française, à l'aune du totalitarisme du Xxième siècle n'a pas arrangé sa réputation.

 

Résumé

 

Si Rousseau est un des fondements de la pensée de gauche, celle qui semble naître pendant la révolution, il serait ainsi un des précurseurs de la pensée de gauche née d'avant le socialisme. Après la naissance du socialisme, il est plus difficile d'assurer cette filiation, si ce n'est dans les multiples interprétations dérivées de sa puissante rhétorique.

En le taxant de misogynie sans le moindre recul, on risque bêtement de se priver de sa lecture. Il a permis au moins de façon indirecte de faire considérablement progresser la cause des femmes.

Rousseau peut encore nous aider en nous fournissant des outils pour penser notre monde.  Les références à Rousseau ne manquent pas, l'amplitude des thématiques qu'il a abordé est gigantesque. La quête de l'égalité en est une, récurrente et incontournable. Sa bataille contre Voltaire sur l'inégalité est une source de réflexion tout à fait moderne. Néanmoins, l'égalitarisme me paraît avoir la conviction pour elle, l'attitude et la posture, plutôt que les fondements théoriques car la quête égalitaire de Rousseau s'inspirait principalement de l'état de nature. Aujourd'hui les lectures de Rousseau le montrant comme une ancêtre du collectivisme perdent de leur vigueur contrairement à celles qui le décrivent plutôt comme un libéral égalitaire.


Lectures conseilléess

  • Traité d'économie politique plus facile à lire que le contrat social
  • La Nouvelle Héloïse pour l'illustration de ses théories en filigrane
  • Pour le plaisir de la littérature : les Rêveries et les Confessions
  • Pour comprendre ses théories : Les dialogues, l'Emile
  • Discours sur l'inégalité : langue envoûtante et magnifique pour un traité de ce type

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 01:00

L'entreprise privée ne serait parfois que le terrain de jeu où s'exerce la concurrence, le bras armé de l'ultralibéralisme, derniere désignation de l'horreur capitaliste ou des errances de nos gouvernements.

De ma première société internationale, une société française rigoureuse et ouverte, j'ai beaucoup appris et découvert la diversité des milieux où les employés se cotoient sans respect imposé de la hiérarchie. J'ai découvert le service rendu, non pas forcément à un manager exigeant, mais la disponibilité aux gens dévolus au terrain face aux exigences des clients. La seconde, généreuse, l'Américaine m'a appris la volonté constante d'innover et de partager cette créativité avec les clients dans le monde entier et de les faire avancer. La troisième, l'anglaise pointilleuse, aime la communication, insiste sur le Fair play de ses employés et se déclare ouverte sur le monde, ses employés étant de toute nationalité et de toute obédience. L'entreprise privée est riche et porteuse de valeurs. Elle permet parfois de découvrir le monde en voyageant, de se former dans nombre de disciplines, en gros de se forger dans le respect de l'autre, d'apprendre avec humilité, de travailler ensemble pour réussir des tâches particulièrement complexes. Elle est un des terreaux d'une aventure humaine moderne. Les gens qui en parlent dans les médias en ont une vision lointaine et souvent étriquée. Sans doute s'imaginent-ils que l'état, avec ses bras séculiers que sont l'éducation et les entreprises publiques, est le garant de valeurs universelles. Le profit permet à l'entreprise d'innover et donc de perdurer face aux incertitudes. Ce dernier ne serait que le moyen intangible de rendre pérenne cette collaboration fructueuse et profondément stimulante entre les hommes.

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 22:54

La Main invisible est une métaphore. Cette métaphore puissante a été maintes fois décrites afin de lui donner une existence plus concrète. Cette métaphore a connu le plus extraordinaire destin possible pour une métaphore : elle a été démontrée mathématiquement. C'en était trop pour ceux dont l'économie doit toujours être subordonnée à l'utopie... Ce fut le début de son déni !

Pour Pierre Garello dans l'excellent Dictionnaire du Libéralisme, "les doigts de la main Invisible ne sont autres que les règles de la propriété, du contrat et de la responsabilité".

La gauche rejette la notion de Main Invisible. On la comprend, cette métaphore de la coopération joue sur sa chasse gardée : collaboration et coopération. De plus, il est à la gauche difficile de concevoir un ordre non créé de toutes pièces.(Garello)

L'argument le plus fort contre la Main Invisible, qui a donné à la gauche plus d'aplomb, ces dernières années, pour la railler plus encore, est celui de Joseph Stiglitz. La Main Invisible ne peut s'appliquer que dans des conditions optimales. Ces conditions n'étant jamais réunies, la Main Invisible n'existe donc pas.

En 1983, Gerard Debreu obtient le prix nobel d'économie avec ses travaux mathématiques sur la théorie générale des prix en décrivant les conditions d'application possible de la Main Invisible.. "In this model, Arrow and Debreu managed to prove the existence of equilibrium prices, i.e., they confirmed the internal logical consistency of Smith's and Walras's model of the market economy."

Paradoxalement, cette approche d'une théorie donne à ses adversaires des armes à une contre argumentation : Les conditions à l'équilibre des prix de Debreu ne sont jamais atteintes. Ainsi la belle métaphore élévée au firmament de la théorie, est plongée dans le déni.

La Main Invisible me paraît toutefois la chose la plus concrète du monde. Travaillant dans une zone industrielle, il me suffit de jeter un oeil par la fenêtre. Je distingue le jeu continu des véhicules de livraison, des jardiniers, des vitriers qui s'affairent pendant que dans les bureaux, les employés de banque gèrent les comptes de leurs clients, les ingénieurs connectent des ordinateurs sur des réseaux complexes... La chanson de Dutronc "Il est 5 heures, Paris s'éveille" m'en paraît une bonne illustration. Celle-ci est la faculté à faire que chaque jour les trains arrivent à l'heure, qui'il y ait de belles fleurs sur les balcons et que chaque matin le pain soit savoureux. Dans le cas du dernier tsunami, la Main Invisible a été abattue. Ce fut la faculté de résilience des Japonais qui la redressa rapidement.

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 17:38

Comment la droite et la gauche raisonnent-elles à l'aune des forces spontanées? L'idée d'ordre spontané est de permettre au citoyen d'être libre de ses initiatives et de déterminer son destin par ses propres choix, plutôt que par des dictats et des contraintes venues de l'extérieur.

 

CONSTITUTION ET ASPIRATION AU BONHEUR

La liberté de la presse et de culte est une première condition indispensable à la possibilité d'existence des forces spontanées dans une société. Le XVIIE siècle a vu des révolutions importantes et l'émergence de monarchies constitutionnelles. C'est donc en Occident une période-charnière. La déclaration des droits de l'homme ou la constitution américaine sont parmi les premiers exemples de charte permettant de mettre en place les conditions d'expression de forces spontanées. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 constate quatre droits naturels fondamentaux : liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression. Le contrat social invoque l'idée que le souverain puisse être redevable du bonheur de son peuple.  

Les forces spontanées s'expriment par l'action plutôt que par l'affrontement. La démocratie directe telle qu'elle est conçue en Suisse correspond l'expression de forces spontanées. Le citoyen est consulté sur la plupart des sujets importants ayant trait à l'évolution de la cité. La démocratie directe limite le despotisme étatique et la concentration des pouvoirs aux mains de quelques-uns.

 

  •  La gauche est attachée à la déclaration des droits de l'homme de 1793 et se réfère depuis peu le programme du CNR de 1945, résultat d'un consensus unique entre droite et gauche après la guerre. La gauche exècre tout rapport de domination. Le souverain est responsable du bien-être du peuple. La gauche revendique des droits nouveaux (logement, anti-précarité, santé...). Pour la gauche socialiste, le suffrage universel a été une revendication de la première heure. Le parti est l'instance par laquelle est censé naître la démocratie et s'exprimer les doléances du peuple.

  • La droite monarchiste qui avait rejeté la révolution à perdre toute influence. La droite autoritaire revendique la concentration des pouvoirs autour d'un monarque ou d'un dépositaire de l'autorité. Le souverain est responsable de l'ordre, de la justice et de la sécurité. Elle a souvent eu quelque méfiance envers le suffrage universel.
    La droite (libérale) se réfère à la déclaration de 1789 ou à la constitution américaine aux USA citée comme référence de l'établissement d'un ordre spontané (Ron Paul). La droite préfère la notion de contrat de gré à gré plutôt qu'un contrat général. La droite est récalcitrante envers tout droit nouveau, en dehors des droits naturels.

REGARD ET RAPPORT AU MONDE
 

La manière d'aborder le réel et le monde... Tolérer l'erreur et faciliter la prise de risque. Laissez s'exprimer les forces spontanées sans savoir où elle mène. Le principe de précaution va à l'encontre de la moindre prise de risque.

 

  • La gauche est fondée sur le Non et le refus du présent, sur le paradigme de la lutte des classes, sur les rapports de force entre travailleurs et patrons, entre capital et travail. Pour elle, les patrons exploitent leurs employés afin d'en tirer le maximum de profits. La gauche revendique l'acceptation de toutes les cultures (multiculturalisme). Pour la gauche, être à droite c'est avoir peur de tout et de l'étranger.
    La gauche prend des risques et n'a pas peur de l'avenir, voire de faire table rase du passé.

  • À droite, la réalité est acceptée dans toutes ses composantes et le présent y est exalté. La droite respecte et accepte toutes les cultures, mais se méfie du mélange de celles-ci. Chacun reste chez soi, selon ses coutumes, dans ses frontières, et la paix est assurée. La droite apprécie la singularité plutôt que la généralité, l'individu plutôt que le groupe. La métaphore de l'arbre dont les racines croissent naturellement est une métaphore revendiquée par la droite.

 

 

RAPPORT AU PRESENT 

L'indifférence est bannie d'une société spontanée. Toute action suscite une réaction. Toute expérimentation est soumise à évaluation, loin de toute idéologie qui est une forme d'anticipation. Une erreur reconnue après un banc d'essai permet de rectifier une action. On avance par essais et corrections d'erreur, avec pragmatisme. L'adaptation est permanente.  

 

  • La gauche est peu axée sur le présent, elle aime les utopies. Son credo est l'exaltation de l'avenir et la transformation du présent. Tout rapport de domination est combattu. La gauche parle souvent de résistance à l'oppression.

  • Pour la droite : le crime ne doit pas rester impuni. La droite est parfois taxée de présentisme, les choses sont telles qu'elles sont et on ne peut les changer sans casser des œufs. La droite a tendance à respecter l'ordre établi. (Penser à droite)

 

LA COOPERATION ET LA COLLABORATION

Faciliter les processus de solidarité et de coopération. Vivre en collectivité.

 

  •  La gauche met l'accent sur la solidarité et la coopération. Elle préfère la redistribution par l'État via l'impôt par exemple plutôt que par l'entreprise. Elle est très attachée à la notion d'égalité et de justice sociale. Elle reproche aouvent au capitalisme d'accentuer les inégalités, c'est-à-dire de faire que le pouvoir d'achat des pauvres augmente moins vite que celui des riches. Elle rejette la métaphore de la Main Invisible (Joseph Stiglitz). Il faut une intervention de l'État pour diminuer la pauvreté. En effet, à un moment ou un autre les forces spontanées du libre marché ne pourront atteindre à l'égalité. La concurrence  est perçue comme une compétition, comme un mécanisme darwinien destiné à anéantir les faibles. La gauche met ainsi l'accent sur l'égalité et la fraternité. La gauche reproche à la droite sa propension à l'égoïsme, à l'individualisme et le manque de compassion pour ses semblables.

  • La droite met l'accent sur la collaboration à travers notamment la main invisible qu'elle considère comme une excellente métaphore de la coopération spontanée. Chacun réalise ses objectifs personnels tout en étant relié par un fil invisible avec les autres. Ce qui réalise la plus grande harmonie. La droite libérale argue que le capitalisme est le seul moyen de permettre le développement harmonieux des sociétés. La droite considère la notion d'inégalité comme discutable puisqu'en premier lieu, ce sont les richesses produites qui font sortir les pays de la pauvreté. Elle préfère souvent s'en remettre aux forces spontanées du marché. L'impôt doit être faible, sinon il est considéré comme une spoliation. La droite insiste plus sur la liberté et l'égalité dans la mesure où celle-ci sera mieux réalisée par l'exercice spontané des forces du marché. Elle considère que les interventions de l'État ont des effets de bord nocifs sur les échanges économiques. La concurrence est un mécanisme autorégulateur indispensable permettant les choix spontanés des agents économiques alors que l'absence de concurrence facilite le clientélisme et la corruption. La droite reproche à la gauche sa propension à l'égalitarisme qui dissimule non pas une générosité, mais une jalousie à l'encontre d'un plus riche que soi. La droite plébiscite la redistribution par la charité, car celle-ci ne passe pas par l'État. La droite libérale reproche à la gauche sa propension à soutenir tout régime qui se revendique de gauche, même s'il est une dictature.

 

EMANCIPATION DE L'INDIVIDU

Faire confiance à l'initiative individuelle, l'autonomie et comment permettre l'émancipation des citoyens. 

 

  • La gauche plébiscite le collectif. Elle s'intéresse peu à la notion d'individu et de libre-arbitre. Elle aime les mouvements de masse (mass-games), les révoltes populaires, les associations et les actions collectives. Elle se méfie de la propriété qu'elle considère comme bourgeoise. Elle revendique la propriété sociale (Jaurès et la propriété sociale) et le partage de tous les moyens au service de tous. La coopérative lui est plus familière que l'entreprise, qui abrite une forme d'exploitation. L'individu est le produit de la société (constructivisme de Bourdieu), de la classe auquel il appartient. Elle se déclare souvent pacifique au moment de l'émergence de conflits. Elle insiste particulièrement sur l'éducation et la culture.

  • Hayek, prix Nobel d'économie et théoricien du libéralisme est un théoricien de l'ordre spontané considérant que le socialisme mène à la servitude. La droite est attachée aux droits de propriété. Le capitalisme a pour fondement la privatisation des moyens de production. Pour la droite libérale la notion d'individu est fondatrice. Pour la droite libérale, ces droits de propriété  (droits de propriété avec De Soto) sont la condition indispensable à la lutte contre l'esclavagisme et la pauvreté.

 

 

CONSTRUCTION DE LA SOCIETE

La politique se construit au jour le jour par la négociation et la résolution des contradictions, en évitant tout centralisme et concentration des pouvoirs. L'application des forces spontanées consiste dans la prise en compte des réalités à laquelle on ne peut échapper afin de les transformer et de les adapter au mieux des avantages de la cité. La fin ne justifie pas les moyens, le processus est aussi important que l'objectif. Les meilleurs lois sont celles qui sont respectées. Une bureaucratie tatillonne est un frein à l'expression de la spontanéité des individus.

 

  • Les régimes communistes ont souvent eu du mal sans user de contraintes à réussir de grands travaux ayant besoin de la participation de tous les corps de métier. La gauche aime rassembler, centraliser. Elle a pour objectif de mutualiser les ressources d'eau pour mieux les partager. Elle est défiante envers le libre échange, préconisant la régulation des marchés. Elle a tendance à rêver d'un gouvernement mondial plutôt qu'aux états nations. Elle a tendance à renforcer naturellement les prérogatives de l'État, garant de la justice sociale, par la création par exemple de postes de fonctionnaires, par la création de services gérés par l'État. Pour encourager l'innovation et la créativité, la gauche va utiliser par exemple les subventions aux associations. La gauche préconise les nationalisations et préfère les services publics, qui lui paraissent plus efficaces et moins chers. Pour le bien de la collectivité, elle n'hésite pas à s'ingérer dans les affaires d'autrui. Du point de vue économique, elle propose la relance par la demande en se basant sur la théorie du multiplicateur keynésien.

  • La droite considère que la profusion de fonctionnaires crée de la bureaucratie qui va finir par casser le jeu des forces spontanées. (Théorie des choix publics) La distribution de subventions peut rapidement s'apparenter à du clientélisme, finissant par créer de l'inégalité en venant brouiller le libre jeu de la concurrence. La droite plébiscite les privatisations, la baisse des dépenses publiques pour éviter une bureaucratie coûteuse à l'état  (L'Etat c'est la grande fiction....) et donc à l'ensemble des citoyens. Les patrons paient leurs employés au maximum de leurs possibilités, malgré leurs contraintes. La droite aime prendre en compte la notion de singularité et se méfie de la loi de la majorité qui n'hésite pas à violer les droits de propriété. Pour la droite "Small is beautiful", elle est souvent sensible à la notion d'état-nation, voire au nationalisme, pour la droite autoritaire. La partition lui est envisageable si les deux parties ont des conceptions divergentes.

 

 

RAPPORT A LA CREATIVITE ET A L'INNOVATION

Créativité et innovation sont un axe important de différenciation entre droite en gauche.

 

  •  La gauche aime innover à travers l'organisation sociale. Elle considère que depuis un siècle, sa lutte pied à pied contre le pouvoir a permis de progresser en matière d'acquis sociaux, de progrès du niveau de vie, de sécurisation des statuts pour les travailleurs...

  • La droite sollicite l'innovation individuelle ou entrepreneuriale. Elle considère que le capitalisme a permis de faire grandement progresser le niveau de vie et diminuer la pauvreté dans le monde.

Limites de l'exercice :

La généralisation entre droite et droite libérale dixit libéralisme est source de confusion. Si la gauche socialiste est antilibérale par essence, la droite n'est pas forcément libérale. La notion de forces spontanées est l'apanage du libéralisme. Sans doute faudrait-il se reposer sur un trinagle droite - gauche - libéralisme (ou bien droite libérale puisque le libéralisme initialement à gauche se reconnaît peu dans les valeurs de la gauche socialiste)

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 22:50

10 ans après l'introduction de l'euro, les pays européens souffrent d'intenses difficultés alors que le capitalisme mondial se porte relativement bien. On peut donc faire l'hypothèse d'un dérapage spécifiquement européen voire d'une très mauvaise influence de l'Euro.

Scénario 1 : la raison optimiste

Une première analyse raisonnable (Guy Sorman1) est de considérer que ces vicissitudes sont passagères (Guy Sorman 2) et que dans la difficulté l'Europe se construit au jour le jour. Des progrès immenses ont été accomplis depuis plusieurs mois notamment sous l'égide du couple franco-allemand. On parle même de mutualiser les dettes voire même de faire de l'Europe une sorte de confédération, de renforcer encore l'intégration. Ainsi sortir de l'Europe est une hérésie dangereuse. (Olivier Pastré) D’une certaine manière, la crise, pour nous comme pour le projet européen, est une opportunité forte.(Jean-Hervé Lorenzi)

Scénario 2 : la machine infernale et autodestructrice de l'Euro

Le second scénario, très peu raisonnable à l'inverse, consiste à considérer l'euro comme foncièrement vicié à la base. C'est depuis plusieurs années l'hypothèse de Philip Bagus, économiste libérale de l'école autrichienne. Néanmoins, cette lecture est peu fréquente ou elle est ébauchée à mots couverts par la plupart des défenseurs de la première solution, souvent, malgré eux, semblant apporter en filigrane de l'eau au moulin de ce second scénario. Comment expliquer cette descente aux enfers de la Grèce, du Portugal et dans une moindre mesure la France, alors que ces pays ont adopté l'Euro depuis peu de temps ? Une fois ces dettes mutualisées, qu'est-ce qui empêchera que cela se reproduise une nouvelle fois ? Il semble que personne parmi les politiciens au pouvoir n'ait le courage de dire : "On s'est trompé, reprenons à zéro !" La dérive est ainsi aisée de considérer que les responsables de la crise européennes sont les marchés et le libéralisme excessif de ces dernières années.

Nous avons examiné dans un message précédent le problème posé par des monnaies trop faibles ou trop fortes par rapport à leur valeur réelle. Pour Bagus, il existe en général une banque centrale par pays et lorsque cette nation emprunte et s'endette, la banque crée des obligations. Une dévaluation s'ensuit et ce processus de régulation des monnaies implique rapidement une perte de pouvoir d'achat du pays en question sous forme d'inflation. Dans le cas de l'Euro, où il existe une seule banque centrale pour plusieurs pays aux budgets disparates, cette régulation compensatoire est absente et les pays déficitaires avec un taux d'intérêt bas continuent à créer des déficits sans en avoir dans un premier temps les inconvénients. Les taux d'intérêts sont faibles, car les pays déficitaires bénéficient de la garantie implicite des pays vertueux. Ainsi les politiciens ne résistant pas au désir de se servir de cette manne en profitent pour renforcer la bureaucratie et les prérogatives de l'État. De telle sorte qu'il deviendra de plus en plus difficile de quitter l'Euro sans diminuer cette bureaucratie coûteuse et prégnante. De plus, l'harmonisation fiscale qui, peu à peu prend le pas, ouvre plus grande la voie à de plus fortes taxes et réglementations.

"Les coûts de l'Euro sont élevés. Ils comprennent une inflation résiduelle, une autodestruction du système monétaire, la croissance des prérogatives de l'État, la diminution de la concurrence entre les états. Les conflits entre les nations, malgré cette volonté de centralisation, s'accroissent pendant que les libertés s'amenuisent. Considérant tout cela, le projet de l'euro n'est pas digne d'être sauvée. Le plus tôt il se termine, mieux c'est."

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 22:17

Emmanuel Terray est un ethnologue de gauche. Il a étudié la droite afin d'essayer d'en déterminer le socle des idées de base. Son travail me paraît intéressant. Il permet de plus de voir dans le reflet de son étude, comment un homme de gauche discerne ce qui constitue les fondements de ses idées. Le modèle ci-dessous résume la vision de la droite et de la gauche exprimée par Emmanuel Terray.

 

Références : France-Culture, Atlantico...

Les caractéristiques des idées de droite sont la prédominance du réel et du présent, l'acceptation du monde tel qu'il est, le souci de la sécurité, l'hostilité de l'étranger, le goût pour la singularité. La droite aime les choses immuables, le pouvoir établi, la hiérarchie constituée. A l'inverse, la gauche est plus joueuse, exaltée par l'avenir. 

 "Les valeurs principales de la gauche sont le goût du changement et de la prise de risque, un penchant appuyé pour l'avenir plus que pour le présent".

A l'aune de la notion des forces spontanées, qui m'intéresse tout particulièrement, la droite semble utiliser la métaphore de l'arbre étendant ses racines, alors que la gauche, apprenti-sorcière, privilégie la table rase et les utopies de la terre brûlée.

Emmanuel Terray propose un bilan des apports positifs de la gauche : "Je suis convaincu que l’avènement de ce que Robert Castel a appelé la société salariale – une société de croissance, de plein emploi, de progrès du niveau de vie, de sécurisation des statuts pour les travailleurs – cette société construite par l’effort commun de l’aile réformiste du mouvement ouvrier et de la bourgeoisie éclairée, devait beaucoup à la pression extérieure exercée par l’aile communiste du mouvement ouvrier."

Le bilan me paraît bien maigre, sachant que les acquis sociaux, s'il en est, ont été mis en jeu par la plupart des pays, même sans grandes luttes politiques. De plus les ambitions de croissance, d'emploi, de progrès de niveau de vie sont des ambitions toujours portées par l'économie libérale.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 21:36

Le libéralisme est cohérent dans ses principes. Ce n'est pas le cas des revendications et des espoirs de la gauche emphatique, emportée par les remugles du paradigme socialiste. Les réclamations de la gauche sont contradictoires de telle sorte que peu d'espoir seront comblés. Ainsi si une mesure est mise en place, les effets de bord qu'elle provoquera susciteront toujours des résultats allant à l'encontre d'un autre espoir. Ainsi la gauche n'atteint jamais ses objectifs à moins de se dénier et inversement, en allant au bout de ses idées, elle induit des effets de bord négatifs voire absurdes. Par ce mécanisme de double contrainte, l'exaltation de l'avenir et les regrets sur le passé seront toujours possibles, les nostalgiques seront toujours prêts à amorcer la pompe pour une nouvelle et vaine tentative.

Revendication

Revendication contradictoire

Plus de liberté des moeurs

Moins de liberté économique

Abolition de la prostitution

Plus de multiculturalisme

Plus de protectionnisme

Plus de féminisme et contre la violence conjuguale

Plus d'efficacité et de transparence de l'Etat

Concentration étatique avec

   Plus de fonctionnaires

   Plus de services publiques

Augmentation du salaire minimum légal

Moins de chômage

Pas de salaires minimums pour certaines catégories de populations

Non aux ghettos
Non aux sans papiers
Non au chômage des jeunes

         

Meilleure intégration des immigrés

 

Lutte contre le travail "illicite" et renforcement de l'inspection du travail

Plus de logements accessibles

Contrôle ou blocage des loyers

Plus de droits des locataires

Taux planifié de logements libres

Moins de discrimination

Moins de travailleurs étrangers et de plombiers polonais

Plus d'impôts

 

Plus de pouvoir d'achat

Plus de croissance

Plus de pouvoir d'achat

Plus d'emplois subventionnés

Plus de rèduction du temps de travail

Plus de subventions

Plus de sécurité sociale

Plus de contraintes sur les entreprises

Plus de CDI Plus de rigidité dans le droit du travail
Plus de subventions Plus d'égalité

Plus de recours à l'inflation ou à la planche à billets

Moins de pauvreté

Plus d'exposition aux idées de gauche dans la presse

Plus de démocratie et de pluralisme dans les médias

Plus de droits

Moins de droits de propriété

Moins de droits de propriété

Droits de réquisition

Moins de pauvreté

Plus de démocratie

Plébiscite des insurrections populaires

Plus de spontanéité et d'initiative des « masses populaires »

Plus de supervision étatique

Une retraite au plus tôt

Plus de pouvoir d'achat

Plus de déficits

Plus de défiance envers les marchés

Plus d'entrave des méthodes policières Plus de sécurité

Plus de méfiance envers le capitalisme et le libre-échange

Plus de relance par la consommation

Exemples :

  • La gauche est très critique en général envers les actions de l'État sur le plan intérieur et extérieur, mais finit toujours par demander un accroissement de ses prérogatives
  • La gauche se révolte contre les salaires trop bas de patrons exploiteurs, mais ne peut accepter que ses salaires soient versées à de noiuveaux arrivants sur le marché, alors que leur manque de formation les rend improductifs. Leur intégration dans le monde du travail est ainsi rendu plus difficile.
  • La gauche réclame des contrats à durée indéterminée (ce qui est une bonne chose) et en même temps réclame moins de précarité et de flexibilité pour les entreprises qui embauchent ce qui rend inopérant l'introduction des CDI.
  • La gauche réclame un relance Keynésienne depuis des années, mais ces derniers temps elle réfute les marchés qui voient la dette s'accumuler, se montrant moins coopératifs avec les pays qui creusent leurs déficits. 
  • La gauche réclame l'accroissement des logements sociaux pour donner des logements au plus démunis et en même temps réclame le contrôle des loyers, le renforcement des droits des locataires qui rendent plus difficiles aux propriétaires de louer.
  • La gauche n'a pas peur de la dette, qui selon Bernard Maris, par exemple, est un faux problème qui pourrait se juguler par l'inflation. Hors, l'inflation est un moyen sûr de rendre lea pauvres plus pauvres.
  • Le gauche réclame plus de démocratie, mais en général cela signifie plus d'exposition aux idées de gauche. Riche de son vivier d'élus locaux, elle a donné plus aisément des signatures à ses partisans. Elle a également tendance à se victimiser en terme médiatique, alors qu'elle est représentée dans toutes ses nuances dans nombre de médias publics et journaux. La stigmatisation du néolibéralisme est rentré dans le langage courant, à gauche et à droite très souvent également.

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