Les enseignants qui travaillent dans les zones d'éducation prioritaire sont parmi les héros de notre société, ils recollent les plaies de celle-ci. Chaque
jour, ils ont affaire à des enfants perdus, qui n'ont pas digéré tous les codes, le vocabulaire et les exigences de notre société. L'enseignant aux prises avec ces enfants, dont la majorité est
musulmane, qui ont du mal à se situer entre leur origine designée dans le bled et leur nationalité française tentent de leur inculquer par tous les moyens possibles un minimum de culture, de
montrer aux parents que l'on ne cherche pas à les exclure, mais à simplement leur apprendre à décoder notre société. À leur faire comprendre que celle-ci est une société ouverte et moins
contraignante que nombre d'autres à partir du moment où l'on a compris quelques-unes de ses exigences en matière de participation, de tolérance et d'éducation. D'un autre côté, et c'est cela le
plus difficile, cet enseignant héroïque est aux prises avec une administration dont le tatillon n'a d'égal que la volonté délirante d'appliquer des procédures généralisées et absurdes. Ces
enseignants sont parmi les moins bien lotis de l'Éducation nationale. Celle-ci leur fait valoir leur patience et les gains hypothétiques en points obtenus à être dans ce tourbillon, ce qui va à
l'encontre de leur éthique et de leur engagement. Plus ils seront proches de leurs élèves, moins ils auront de temps à appliquer les procédures, moins ils seront reconnus par leur
administration.
Ils endurent également les remontrances des inspecteurs qui, eux-mêmes victimes de ce système, les incitent tous les jours à remplir des papiers que personne
ne lira, plutôt que passer du temps à essayer d'aider leurs élèves. Ainsi, l'enseignant devient aujourd'hui une machine dont la priorité première est d'appliquer avec un vocabulaire inadapté, des procédures surdimensionnées, dont la pertinence paraît discutable. Ces enseignants glanent la récompense
de leur travail dans les relations éphémères et puissantes qu'îls tissent avec leurs élèves, avec les espoirs qu'ils suscitent, tout en luttant contre l'administration kafkaïenne qui les dirige.
S'ils veulent être soutenus, il leur faut trouver un moyen de maquiller leur talent pédagogique pour afficher leur
docile respect des
procédures. Ils aident des élèves, mais ils n'auront aucun retour. Jamais l'administration ne trouve un moyen de leur donner un retour sur l'avenir de leurs élèves.
Dans une logique capitaliste, les personnes les mieux récompensées seraient celles qui sont au plus près des objectifs de la société. Ainsi, le vendeur au contact
direct avec le client est reconnu pour cette qualité, au détriment parfois des ingénieurs de l'ombre qui créent les produits et facilitent la vente. Si on appliquait une logique capitaliste à ces
professeurs, placés sur la ligne de front de notre société, ils devraient avoir le salaire le plus élevé des enseignants et être considérés comme les fers de lance de l'éducation nationale, comme
le sont les meilleurs vendeurs au contact des clients, ou même encore plus prosaïquement, des commandos parachutistes, les plus exposés, dont l'image représentait le courage et forgeait la
légende des armées.
J'ai suivi ces deux dernières semaines les excellentes éditions de Répliques sur France Culture. La première était consacrée à l'anthropologue Emmanuel Terray et à son livre concernant la pensée de droite dont le message ici est en partie inspiré. Le principal invariant de la gauche serait le goût du changement... Ainsi, dans ce paradigme, Brejnev serait de droite et Hitler... de gauche.
Ce samedi l'émission était centrée sur le thème de l'éducation. Philippe Meirieu, antilibéral, grand ordonnateur de réformes de l'enseignement français face au libéral Philippe Nemo, auteur entre autres de la France aveuglée par le socialisme.
Si je veux bien convenir de la plupart des analyses de Philippe Némo, il y a un point où je rejoindrais Philippe Meyrieu : les classes hétérogènes. Dans un monde où
l'on suppose que les menaces de coups de couteaux ne sont pas l'apanage des lycées hétérogènes et que les lois sont respectées, les classes homogènes me semblent une aberration. En effet,
l'hétérogénéité des niveaux permet une émulation positive. Le bon élève évolue généralement
dans un milieu favorable et si le milieu hétéroclite de sa classe nuisait à son apprentissage d'élite, il aurait tôt fait de rattraper par la suite son "retard". Les enseignants en
Suisse obtiennent parfois des résultats similaires aux résultats des classes hétérogènes. (Hélas, ici aussi, les classes hétérogènes sont remplacées par des classes homogènes) Les meilleurs sont
confortés et n'en deviennent pas meilleurs en proportion pour autant. Ils peuvent même apprendre quelque arrogance, se contenter de l'élite de pacotille dont ils leur semblent faire partie. Ils
pourront ainsi même s'essayer à plus d'égoïsme et de quant à soi. De l'autre côté, les classes homogènes de bas niveau deviennent des mouroirs de l'éducation. De plus, derrière le grand rêve
éducatif et socialiste qui a influencé ces trente dernières années, on trouve la propension à dénier l'apprentissage et le manuel. Les bons élèves ne seraient d'emblée que des intellectuels avant
d'espérer le devenir par la passion des livres, par exemple. Voir à ce propos, cet article de Libération : Moi, boucher, je jette un os dans la mare de l’emploi
En classe homogène, il y a pour les classes considérées comme de faible niveau peu d'échappatoires possibles ni d'émulation. Nos élèves vont subir toute l'année sans jamais se confronter aux autres, en ne voyant d'horizon que leurs pareils. Pourquoi les résultats des hétérogènes montent-ils en comparaison des résulats des homogènes? Parce que dans ce cadre, le déclic peut se produire, le cancre peut parfois devenir bon élève du jour au lendemain. Tout peut arriver et rien n'est jamais acquis. On oublie combien les élèves sont encore jeunes et sensibles au moindre encouragement, aux punitions ou à la moindre des attentions. Un élève réputé "un peu bête" peut changer de comportement et rapidement refaire son retard. Si l'enseignement est agile et le prof habile, il utilisera la technique du parrainage. Un bon élève sera le mentor d'un autre élève et sera récompensé des progrès de son filleul. Cet apprentissage de la collaboration est bien plus utile à l'entreprise que la mentalité de ce futur diplômé aux dents longues ne le serait : habitué au travail en solitaire et à la seule gestion de sa carrière, incapable de travailler en équipe. L'entreprise du XXIème siècle, a plus grand besoin de collaboration entre ses employés que de bousculade et de lèche-bottes à l'image des premiers rangs de classe.
La saine concurrence prônée par la philosophie du libéralisme n'est pas le nivellement, au contraire. Elle suppose que tout le monde puisse entrer dans l'arène et essayer de devenir ce qu'il fera le choix d'être. C'est la première et plus importante égalité, le reste appartient aux individus et ce n'est pas à l'Etat de décider de l'ordre d'arrivée des courses ou de niveler les possibles de chacun des citoyens.
Aujourd'hui, la volonté des entreprises de se délocaliser est source d'une angoisse parfaitement justifiée. Néanmoins, si l'on s'amuse à changer de point de vue, on
peut voir ces délocalisations, cette volonté "d'outsourcing" peu compréhensible pour l'employé, comme l'expression d'une révolution salutaire. On imagine, à tort ou à raison, notre manager,
salarié haut de gamme, formé au moindre coût choisir la solution meilleure marché en soupesant avec ses collaborateurs, formés dans les mêmes écoles, ses objectifs de rentabilité sur sa fiche
excel. On le devine ne pas vouloir faire preuve d'originalité et agir en utilisant les mêmes méthodes que son copain de promo œuvrant dans une entreprise similaire. Néanmoins, ces choix, quelles
que soient leurs raisons, ont une vertu salutaire. Ils réalisent un vieux rêve, qui semblait peu accessible, il y a une trentaine d'années, riches de nos trente glorieuses, lorsque nous parlions
de cette entité abstraite qu'était le Tiers-monde. L'Inde était une icône de ce troisième monde qui avait peu de chances de s'en sortir. Désormais, le capitalisme redistribue la richesse à
l'échelle de la planète. Avec des hauts et des bas, il s'insinue pour dispenser une vague d'espoir et de richesse. Les subsides des gouvernements n'auraient pas pu suffire : c'est bien
l'entreprise capitaliste, le meilleur redistributeur à grande échelle.
Je posais la question à un jeune chercheur indien. Comment voyez-vous l'avenir ? "The future is bright" a-t-il répondu. Les entreprises prennent des risques énormes. Loin de sous-traiter
des pièces afin de les réassembler sur leur terrain, elles délocalisent peu à peu le noyau dur de leurs connaissances en Inde, en Chine, aux Philippines... Elles prennent même le risque d'une
perte de qualité qui sera longue à juguler. Je ne vois pas seulement l'explication à cette désertion
par le coût plus faible du travail ou par les erreurs économiques de nos dirigeants, mais également le besoin des entreprises de s'extirper de l'arbitraire peu
rassurant des États, dont la faculté est constante de s'immiscer dans le contrôle des entreprises. Les pays émergents n'ont sans doute pas cette attitude pleine d'aléas et laissent faire... Pour
le plus grand bonheur de l'humanité !
La Grèce diminue ses dépenses publiques pratiquement à la même vitesse que celles-ci avaient augmentées.
Son système d'imposition de l'ordre de 20% à 30% est similaire aux autres pays européens, même s'il est intrusif et bureaucratique. En effet, le montant de la déclaration est arbitrairement augmenté car on suppose que, par définition, le contribuable est un tricheur.
Désormais un impôt proportionnel (~30€/m2) à la surface de leur maison est ajouté. Ainsi, les efforts de la Grèce ne sont pas récompensés. Sans doute continue-t-elle à user du travail au noir comme elle le faisait auparavant ? Et cela est mal vu. Crime de lèse-majesté! Il
n'existe pas un État qui n'ait pas fait campagne (ou publicité mensongère) contre le travail au noir. Le FMI également
par la voix de Christine Lagarde n'a pas manqué de le rappeler.
En effet, le travail souterrain ne vient pas augmenter les impôts, il ne rentre pas dans les calculs économiques, mais pourtant il est louable. Il sera un des moyens aux peuples européens de survivre. Il permet de rendre rentable nombre de travaux régentés, surveillés, statufiés... Il est une forme de redistribution directe. L'État, s'il était exemplaire, ne devrait pas s'en préocupper. le travail au noir ne vole pas le contribuable, bien au contraire, le seul délit qu'il puisse commettre, c'est de spolier l'État d'un argent qui ne lui appartient pas...
Si l'État veut imposer ce dont il se déclare bénéficiaire de droit, c'est à lui de convaincre, de la qualité des services par exemple. Le peuple grec ne semble
avoir pour l'instant la moindre raison de prêter la moindre confiance à l'État.
Ainsi rendons grâce au peuple grec de résister à l'imposition que l'austérité des états veut lui assigner. La "qualité" de la collecte d'impôts d'un pays a pour avantage d'afficher qu'il est un bon élève et qu'il montre patte blanche. C'est comme de se mettre au premier rang pour gagner les faveurs de la maîtresse.
Les Grecs, devenus étato-dépendants, et toute l'Europe pourraient tirer la leçon suivante : Euro ou pas euro. "Ne faisons pas confiance aux gouvernements et à leurs projets grandiloquents." Ce que l'État a donné (ou dilapidé), il doit le reprendre.
Les trente dernières années particulièrement keynésiennes, pulsées par les dépenses publiques, promesses d'un monde meilleur, viennent de nous montrer que les déficits abyssaux qui font parfois passer nos impôts pour une oeuvre charitable ne nous ont pas permis d'atteindre quelque nirvana sociétal. Nul doute que si quelque miracle venait à rendre cette dette caduque, cela ne changerait rien, nos politiciens continueraient dans la même veine et peu d'années après nous nous nous trouverions dans le même situation, car ils auraient inventé quelque dispositif inénarrable pour accélérer la dette.
Alors, citoyens pleins de foi dans le partage orchestré par le grand État salutaire et indispensable, changez votre regard et préparez-vous. Le travail au noir est une oeuvre de désobéissance et de salubrité publique !
ref Mises : Instead of viewing Europe's underground economies as bad things, policy makers would do well to start viewing them for what they are: an important signal that old interventionist policies have failed."
Les Français se plaignent parfois de ne pas savoir qui voter. Pour un électeur ancré à gauche, c'est l'embarras du choix. Il a devant lui toutes les nuances possibles des extrêmes au centre, sélectionnés aux petits oignons par les élus de la république : un véritable arc en ciel, de la dictature du prolétariat au centre gauche.
Pour un libéral, le désabusement est puissant. Il n'y a aucun candidat qui porte un tant soit peu ses valeurs selon Mathieu Laine.
Alors les solutions envisagées sont les suivantes :
A l'issue de cette campagne, j'ai de la "compassion" pour Bayrou et Sarko, depuis que je vois la gauche sur un nuage, affichant au grand jour, toute sa batterie d'archaïsme et de clichés et omettant rarement de citer dans ses commentaires le méchant néolibéralisme. On peut mesurer la difficulté de passer entre les gouttes et d'appliquer des mesures libérales. Mais Sarkozy a gouverné au centre, poussant la gauche dans ses retranchements. Il n'a obtenu que l'ire de la gauche, un peu comme Giscard auparavant. Comme si en France, la seule solution était finalement de faire une rupture façon Thatcher, pour repousser la gauche vers le centre et la dépouiller de ses archaïsmes.
J'ai écouté avec intérêt Fitoussi cette semaine sur France-Culture sur la crise et la dette. (J'aime bien écouter Fitoussi. S'il est keynésien jusqu'au bout des ongles, il est aussi anti-protectionniste. Il me semble pragmatique et désireux de se faire comprendre). Par exemple, Fitoussi s'étonne à juste titre des bonus des banques qui laissent penser que le système de bonus marche la tête à l'envers. Voci son argumentation que je transcris ici...
La crise est la faillite du secteur privé. Les états s'endettent pour sauver le secteur privé. Le germe de la crise est dans le fonctionnement du secteur privé. Les USA n'ont pas de problèmes
à financer leur dette. La dette publique n'est pas un problème. Un état vit éternellement et paut être endetté. Un état peut s'endetter au contraire d'un ménage. Nos enfants ne remboursent pas
pour nous. Nos enfants héritent de la dette et de la créance. En réalité, la question de la dette est une question de redistribution entre ceux qui la portent. Ce n'est pas une question
inter-générationnelle. Arrêtons de faire semblant de pleurer. Si nous ne faisons rien aujourd'hui, nous leur laisserions un monde à feu et à sang. Vaut-il mieux vivre dans un monde de chômeurs
sans dette ou un monde de travailleurs avec une dette publique à rembourser? La facture de la dette sera payée par le secteur privé pour payer ses bêtises. Le mot de faillite pour un état n'a pas
la même signification que pour une entreprise. Les sommes dues à la crise n'ont rien à voir avec les montants des déficits.
(Fitoussi)
J'avoue que je ne comprends pas cet argument d'une dette dérivant sans fin consistant à laisser penser que l'état achète la paix sociale avec ses dépenses. Les pays au budget équilibré n'ont pas plus de problèmes sociaux que les autres. J'ai le sentiment que les économistes qui croient que
la dette a peu d'impact sont très optimistes voire irresponsables.
On se réfèrera à cet appel d'économistes de renom, non keynésiens, appelant les gouvernements à ne pas
financer la crise.
Les points les plus bas en dessous de la droite
correspondent à l'Estonie (1.65/5.9) et au Botswana (2.44/4.8) dont la qualité de vie ne semble pas avoir progressé aussi vite que l'index de liberté économique. Le point le plus haut à droite
correspond à la Libye(4.44/5.85).
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