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  • : Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
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  • : Partagez l'itinéraire d'un électeur de gauche devenu un adepte de la mondialisation libérale. Employé d'une "world wide company", l'auteur vit la mondialisation au quotidien et ne s'en plaint pas. Peu de mouvements d'humeur, des faits et des chiffres!
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:28

Introduction

Le tricentenaire concernant Jean-Jacques Rousseau me semble avoir eu un succès mitigé. La droite sauf intérêt intellectuel ne l'a jamais porté dans son coeur, ce qui est normal. Les libéraux à l'image de Benjamin Constant, même s'il en était un admirateur, l'ont considéré comme le principal inspirateur du totalitarisme. A gauche, il est diversement accueilli. Par exemple, des féministes comme Danièle Sallenave et Elisabeth Badinter le considère comme un obscurantiste à éviter. Michel Onfray qui voit les libéraux comme des fascistes le rejette d'emblée (Robespierre n'avait que les mots de Rousseau à la bouche). Pour la plupart des gens, il reste l'image d'un misanthrope insupportable. Bref, j'ai vu peu de personnes se montrer passionnées de Rousseau. Même si il y a beaucoup à dire sur la manière dont ses théories ont été récupérées, Il me paraît difficile d'éviter de parler d'un génie aussi puissant et éclectique,  que l'on considère comme le grand inspirateur de la révolution française. Les lectures les plus modernes des philosophes américains lui pardonnent les dérives de ceux qui se sont inspiré de ses théories et le considèrent comme un "libéral", ni antitotalitaire, ni classique, mais égalitaire.

 

Rousseau préfigure de l'intellectuel de gauche

Jean-Jacques Rousseau a inspiré la révolution française par le puissance de sa rhétorique, la magnificence de sa langue et l'amplitude de son système.

On assimile à juste titre Rousseau aux valeurs de gauche. Alain-Gérard Slama dans son excellent dernier livre « Ces écrivains qui ont fait la république » avance que Rousseau préfigurait l'intellectuel de gauche.

Les écrivains qui ont fait la RépubliqueCela est vrai si on assimile la gauche à une posture antagoniste, un besoin intrépide d'aller de l'avant, face à une droite qui contourne les conflits et fait attention en toutes circonstances aux pots cassés. Ceci est discutable si on assimile la gauche au socialisme. Rousseau, inventeur de la figure du riche, ne préfigure pas pour autant le socialisme. Les dernières lectures de Rousseau le distinguent plutôt comme un libéral égalitaire. Cette façon de l'aborder est intéressante pour mieux le comprendre.

La postérité a voué Rousseau aux gémonies, de son vivant pour avoir abandonné ses enfants, plus tard pour avoir enfanté le jacobinisme et la terreur. On peut aujourd'hui lui rendre grâce, en considérant que ce serait plutôt les révolutionnaires qui l'ont pillé pour s'en inspirer, et justifier leurs combinaisons. John Rawls en « libéral égalitaire », dans « la Théorie de la Justice » a entrepris cette réhabilitation (Source Céline Spector) en s'inspirant des idées de Rousseau et en le ramenant à la tradition libérale. Rappelons que Joan Trento théoricien du "Care" s'est inspiré de Rousseau.


Rousseau et la propriété

Rousseau est un libéral au sens où il plébiscite le droit de propriété et la liberté de l'individu. Son plébiscite de la propriété s'il est puissant, a offert dans la construction narrative et chronologique du discours sur l'inégalité et dans l'illustration à travers les constitutions de Corse et de Pologne quelques prises à tous les opposants au libéralisme issus des lumières.

Il est remarquable de noter que la citation de Rousseau qui est parmi la plus souvent répétée est la suivante... Elle est la source de nombreuses interprétations. Elle est très ambiguë lorsqu'elle est proférée hors contexte, car elle laisse entendre que la propriété serait pour Rousseau la source des inégalités.

 

Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, & trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de miseres & d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, & que la terre n’est à personne! (ici)

 

On oublie la suite où déjà Rousseau commence à remettre la propriété au centre de son système. Rousseau est un défenseur du droit de propriété et le respect de celle-ci est un des éléments de l'éducation d'Emile. Elle est bien entendu louable et elle est le symptôme, l'expression et non la source de l'inégalité entre les hommes. Cette citation est presque unique, dans l'oeuvre de Rousseau, les citations contraires sont multiples. (Chercher par exemple « propriété » dans l'ensemble de son oeuvre sur www.rousseauonline.ch

... car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain: il fallut faire bien des progres, acquérir bien de l’industrie & des lumieres, les transmettre & les augmenter d’âge en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature.


  Puis plus tard, il écrit dans son traité d'économie politique en défenseur radical de la propriété...


Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens, & plus important à certains égards que la liberté même; soit parce qu’il tient de plus près à la conservation de la vie; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper & plus pénibles à défendre que la personne, on doit plus respecter ce qui peut se ravir plus aisément; soit enfin parce que la propriété est le vrai fondement de la société civile, & le vrai garant des engagemens des citoyens: (ici)


Rousseau contre la puissance publique

L'histoire nous rappelle le plus souvent que les impôts prélevés en masse ont été des vecteurs importants de déclenchement des révolutions. Rousseau n'échappe pas à cette indignation dans ce passage extrait des confessions.. Il attribue sa révolte à la rencontre avec un paysan qui devait dissimuler son peu de richesse.

Tout ce qu’il me dit à ce sujet & dont je n’avois pas la moindre idée, me fit une impression qui ne s’effacera jamais. Ce fut-là le germe de cette haine inextinguible qui se développa depuis dans mon coeur contre les vexations qu’éprouve le malheureux peuple & contre ses oppresseurs. Cet homme quoique aisé, n’osoit manger le pain qu’il avoit gagné à la sueur de son front & ne pouvoit éviter sa ruine qu’en montrant la même misère qui régnoit autour de lui. Je sortis de sa maison aussi indigné qu’attendri & déplorant le sort de ces belles contrées à qui la nature n’a prodigué ses dons que pour en faire la proie des barbares publicains.

 

Rousseau s'accorde à limiter la puissance publique et à permettre au citoyen le contrôle de l'Etat par le contrat social.

En l’écartant de nos côtes j’aimois à lui faire admirer les riches & charmantes rives du pays de Vaud, où la quantité des villes, l’innombrable foule du peuple, les coteaux verdoyants & parés de toutes parts, forment un tableau ravissant; où la terre, partout cultivée & partout féconde, offre au laboureur, au pâtre, au vigneron, le fruit assuré de leurs peines, que ne dévore point l’avide publicain.(là)

 

Le legs de Rousseau

Les théories de Rousseau précèdent la révolution française. Elles tentent d'ébaucher une république où les citoyens seraient égaux devant le loi et la droit. Rousseau s'ingénie tout au long de son œuvre à construire un système permettant de mettre de côté toute forme de pouvoir basée sur le droit divin et l'arbitraire. Le contrat social définit la notion de Volonté Générale. Adam Smith, quelques années plus tard, définira une notion similaire : Le "spectateur impartial" : ce citoyen de bon sens qui, sans être partie prenante, peut prendre la mesure des choses et établir des lois. S'il est vrai que Rousseau est un grand inspirateur de la gauche, il l'est sans doute plus par la posture, la révolte et moins par les théories. Si la gauche a toujours loué les progrès de la civilisation, elle commence à se détourner depuis peu de cette idée à travers l'écologie et le principe de précaution. Elle semble rejoindre Rousseau en première lecture, mais attention, il lui faut avancer avec précaution dans ses références à Rousseau. Par exemple, si l'extension de la culture est une idée chevillée à la gauche, Rousseau refuse l'installation d'un théâtre à Genève. Il préfère un peuple acteur de fêtes populaires plutôt que l'approche de vains déclamateurs qui auraient la prétention d'amuser ou d'éduquer. Il utilise entre autres l'argument des impôts pour contrer cette proposition qui prend déjà à contrepied les idées de son époque.

 

Au défaut de ces expédiens, je n’en vois qu’un qui soit praticable, c’est la voie des taxes & impositions, c’est d’assembler nos Citoyens & Bourgeois en conseil général dans le temple de S. Pierre, & la de leur proposer gravement d’accorder un impôt pour l’établissement de la Comédie. A Dieu ne plaise que je croie nos sages & dignes Magistrats capables de faire jamais une proposition semblable; & sur votre propre Article, on peut juger assez comment elle seroit reçue.()

 

De la même façon, l'idée reprise lors de la campagne électorale de 2012 par Philosophie Magazine opposant Rousseau à Hobbes est à prendre avec précaution. "L'homme est bon, il est corrompu par les institutions." Si cette citation présuppose a priori que l'homme est digne de confiance dans sa capacité de faire des choix, il peut donc s'affranchir aisément de l'influence trop prégnante de la société et plébisciter l'ordre spontané qui réduit l'état au minimum de ses prérogatives. Malheureusement, les émules de Rousseau, ni même les partisans de l'ordre spontané, ne l'ont interprétée en ce sens. Cette citation est même trompeuse, car dans l'application la plus courante il faudrait lire cette citation après la virgule : l'homme est corrompu, mais l'état est là pour créer des lois et éviter les dérives.

Comme le déplorait Frédéric Bastiat dont la critique de Rousseau est sans appel en 1848 : Puisque la société corrompt l'homme, on va tenter plutôt d'amoindrir les effets destructeurs de celle-ci par la profusion de lois. Les émules de Rousseau se sont ainsi appuyé sur la conséquence principale de cette théorie pour en contrer les effets, plutôt que sur son fondement. Ils ont été aidés en ceci par Rousseau qui semble avoir cherché une troisième voie entre l'ordre naturel et l'ordre imposé. Une voie qui s'apparenterait à une alliance possible entre économie et éthique à la manière de celle proposée par Amartya Sen.(source celinespector.com)

 

Rousseau, le misanthrope

Notre lecture d'aujourd'hui nous le montre à juste titre parfois comme le roi des mufles. Remarquons qu'il n'a jamais cédé à l'insulte, surtout au regard de son principal adversaire Voltaire. Il ne supportait pas l'insulte, à tel point que la plus grande partie de ses ouvrages est une tentative de justification et de dévoilement face aux autres et à la critique. Si son caractère était entier et ne semblait pas accepter la moindre compromission, il semble avoir été le plus souvent un homme simple et de bonne composition, sauf au cours de ces accès de paranoïa (justifié ?) qui se sont atténué à la fin de ses jours. Il a toujours refusé le moindre subside des gens de pouvoir pour rester indépendant. On imagine ce Genevois livré à lui-même dans une ville de Paris oú les codes de conduite étaient lourds et prégnants.

On a tôt fait de ranger Rousseau dans une boîte où éructe toute la misogynie du monde avec les yeux de notre époque, sans se décentrer un tant soit peu de celle-ci. Cette façon de voir proche d'une forme de politiquement correct, élude les avancées de la cause des femmes que ses idées ont permis de réaliser. A travers son livre, la Nouvelle Héloïse par exemple, la sensualité affleurante, la liberté assignée à Julie, l'héroïne, nous transporte à cent lieues parfois de sa misogynie de surface et de convention. Son attitude en général nous montre un Rousseau profondément sensuel et amoureux des femmes, au point d'en être plus d'une fois paralysé face à elles. De plus, Thérèse, sa « gouvernante », "lingère" de son état, est souvent affectée d'un certain mépris par les critiques, alors que Rousseau lui fut en un sens particulièrement fidèle et reconnaissant jusqu'à veiller avec le plus grand soin à ses besoins après sa mort.


Rousseau et l'égalité

Une des idées les plus fortes de Rousseau est sa quête de l'égalité. L'égalitarisme d'aujourd'hui ne semble pas inspiré de Rousseau car il ne se fonde pas sur l'état de nature. L'idée de Rousseau en son temps est extraordinaire. Ce dernier s'appuyant sur l'idée de nature refuse que l'incompétence s'impose sur la sagesse de manière arbitraire, ou que de jeunes nobliaux, par exemple, s'imposent sur les hommes de toutes conditions sous prétexte de leur lignée héréditaire. Le texte suivant décrivant les inégalités est splendide et tout à fait évocateur de la manière dont Rousseau percevait les inégalités avant la révolution. Rousseau décrit une inégalité où l'homme sans qualités avérées, fort de sa naissance, a droit à tous les égards.

Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissans & les riches? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls? toutes les graces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées? & l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres mêmes & les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, & dont au bout de six mois il n’est plus question? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussi-tôt en mouvement, & malheur aux innocens qu’il soupçonne. Passe-t-il dans un lieu dangereux? voilà les escortes en campagne: l’essieu de sa chaise vient-il à rompre? tout vole à son secours; fait-on du bruit à sa porte? il dit un mot, & tout se taît: la foule l’incommode-t-elle? il fait un signe, & tout se range: un charretier se trouve-t-il sur son passage? ses gens sont prêts à l’assommer; & cinquante honnêtes piétons allant à leurs affaires seroient plutôt écrasés, qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sol; ils sont le droit de l’homme riche, & non le prix de la richesse. (ici)

 

Face à cette quête de l'égalité, Rousseau avait en face de lui, un autre libéral, il s'appelait Voltaire. Mais Voltaire était en quelque sorte un libéral "inégalitaire", un libéral qui s'accommodait de l'inégalité. Cette dernière pour Voltaire a ses avantages, le luxe, les arts, le rêve... Elle est un puissant moteur pour sortir de la pauvreté, le riche a sa place dans la société et tout le monde peut espérer devenir riche. Ainsi, le débat qui a opposé Rousseau et Voltaire sur ce thème est aujourd'hui profondément actuel . (Voir sur ce thème - Voltaire-Rousseau : deux conceptions modernes de l’égalité Canal Académie).


 

Rousseau et le socialisme

 

En réfléchissant à cette idée d'un Rousseau libéral à tendance égalitaire et à la bataille Voltaire-Rousseau, le socialisme appelant à la concentration de toutes les forces de production dans les mains de l'état n'est pas forcément la continuité des thèses de gauche traditionnelle issue de la révolution française, mais plutôt un accident de l'histoire, voire un corps étranger ayant colonisé la gauche française. Ceci met en relief le libéralisme égalitaire comme une tendance plus profonde de l'histoire des gauches et par contre-coup il met également en lumière l'extrémisme des Enragés Varlet, Leclerc prolongé par le Babouvisme. Si les Enragés, comme le laissait entendre Marx, sont des précurseurs du Socialisme, ce n'est pas le meilleur compliment qu'on puisse rendre à ces adeptes de la démocratie directe. Si cette descendance se révèle abusive, elle permet d'aborder l'action jusque-boutiste de ces antilibéraux déclarés, avec plus de curiosité, sans les assimiler à des crypoto-marxistes avant l'heure...

Tous les révolutionnaires ont lu Rousseau et tous semblent l'avoir lu partiellement de façon à y extraire des justifications à leurs intuitions ou à leurs turpitudes. On retrouve dans les discours de Robespierre des allusions constantes à Rousseau. Gracchus Babeuf semble se fonder sur l’ambiguïté de la citation de Rousseau vue plus haut pour fonder nombre de ses théories. Exemple : "Je crois qu'on ne contestera pas l'évidence de cette proposition : Que là où il n existerait aucune propriété, il ne pourrait exister aucune de ses pernicieuses conséquences. ».G Babeuf.

La faiblesse de la pensée de Rousseau, s'il en est, semble résider dans la négation de la coopération entre les hommes. L'année de sa mort paraît « De la richesse des nations » d'Adam Smith. Si Rousseau propose une anthropologie du malheur des hommes, non pas à partir d'un antagonisme de classe, mais à partir du sentiment de l'amour-propre. Ce sentiment incitant les hommes à la comparaison et à l'envie les éloigne des valeurs de coopération et de compassion et donc accroit l'inégalité entre les hommes. Adam Smith a travaillé de manière similaire à Rousseau en se fondant sur les sentiments humains avant d'élaborer une théorie politique. La théorie des sentiments moraux introduit la sympathie. A travers elle, un sentiment négatif comme la colère s'atténue et devient une émotion constructive entre plusieurs personnes. Il est surprenant que Ludwig Von Mises dans sa tentative d'explication des sources de la haine du capitalisme au milieu du siècle mentionne la jalousie et l'envie qui lui semblent être une composante de l'adhésion au socialisme. Il aurait pu aisément s'ancrer sur les théories de Rousseau sur l'amour-propre. Il est possible que Rousseau ait été un peu vite rangé dans la catégorie des précurseurs du totalitarisme et qu''il ait souffert d'une forme d'ostracisme. Rappelons que Voltaire l'avait profondément calomnié et insulté. Cette image a perduré et l'histoire de la révolution française, à l'aune du totalitarisme du Xxième siècle n'a pas arrangé sa réputation.

 

Résumé

 

Si Rousseau est un des fondements de la pensée de gauche, celle qui semble naître pendant la révolution, il serait ainsi un des précurseurs de la pensée de gauche née d'avant le socialisme. Après la naissance du socialisme, il est plus difficile d'assurer cette filiation, si ce n'est dans les multiples interprétations dérivées de sa puissante rhétorique.

En le taxant de misogynie sans le moindre recul, on risque bêtement de se priver de sa lecture. Il a permis au moins de façon indirecte de faire considérablement progresser la cause des femmes.

Rousseau peut encore nous aider en nous fournissant des outils pour penser notre monde.  Les références à Rousseau ne manquent pas, l'amplitude des thématiques qu'il a abordé est gigantesque. La quête de l'égalité en est une, récurrente et incontournable. Sa bataille contre Voltaire sur l'inégalité est une source de réflexion tout à fait moderne. Néanmoins, l'égalitarisme me paraît avoir la conviction pour elle, l'attitude et la posture, plutôt que les fondements théoriques car la quête égalitaire de Rousseau s'inspirait principalement de l'état de nature. Aujourd'hui les lectures de Rousseau le montrant comme une ancêtre du collectivisme perdent de leur vigueur contrairement à celles qui le décrivent plutôt comme un libéral égalitaire.


Lectures conseilléess

  • Traité d'économie politique plus facile à lire que le contrat social
  • La Nouvelle Héloïse pour l'illustration de ses théories en filigrane
  • Pour le plaisir de la littérature : les Rêveries et les Confessions
  • Pour comprendre ses théories : Les dialogues, l'Emile
  • Discours sur l'inégalité : langue envoûtante et magnifique pour un traité de ce type

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Published by Goucho - dans fondations
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commentaires

Claude Roche 10/03/2013


Monsieur,


Convaincu que les temps favorisent une réflexion critique - tout arrive ! - je suis "tombé" sur votre blog. Je partage votre cheminement, mais votre article sur Rousseau me laisse sceptique. Car
vous avez raison au fond : la situation que nous vivons appelle à revenir sur les auteurs fondateurs et la manière disons "OLE OLE" dont on les a transmis. Mais Rousseau !!! Vous oubliez un fait
détesté et donc tu à gauche mais incontestable. Notre révolution est l'oeuvre de nos Lumières ; comme dit Gramsci elles sont hégémoniques dans les années 1780 d'où la puissance du mouvement. Mais
les lumières détestent Rousseau. Elles n'ont qu'une référence politique . John LOCKE et son deuxième traité de gouvernement civil . et aujourd'hui Locke c'est quand même LA référence de base


Je vous l'engage à le lire car lui aussi a été l'objet d'une dénaturation chez nos "amis" anglo-saxons. D'ailleurs cela vous interessera peut-être de savoir que ce qui est tu aujourd'hui est
l'engagement de Locke pour la constitution des institutions financières de l'angleterre


amicalement


 


 

goucho 10/03/2013


Bonjour Claude,
Merci de votre commentaire. Rousseau répond à Locke dans ses oeuvres politiques. En le lisant, on a envie de lire Locke. Vous avez sans doute parfaitement raison sur ce philosophe, peu connu en
France. Rousseau me paraît moins éloigné de lui que ne le sont les marxistes. Je situerais Rousseau dans les lumières, même s'il en fut un des plus rudes critiques, (par rapport à la religion).
D'ailleurs on dit souvent que la révolution est l'oeuvre de Rousseau. La plupart des révolutionnaire avaient Rousseau en bouche, en lisant leurs discours on retrouve Rousseau constamment. La
gauche actuelle loue parfois Robespierre qui faisait du copier/coller de Rousseau dans ses discours. Je préfèrerais avoir en face, à gauche, l'intelligence d'un Rousseau que la soupe roborative
du marxisme.

claude roche 14/03/2013


Il est difficile de répondre dans un tel cadre. Mais le débat sur Rousseau me semble intéressant , car révélateur des DERIVES actuelles de la Gauche française. Ainsi vous oubliez - alors que
c'est votre thème - qu'entre Rousseau et "Locke- Sieyes-Voltaire etc..", il y a un débat de fond qui concerne la notion de droit, débat connu sur le thème de la souveraineté. Grosso modo
Rousseau a une vision métaphysique de la Loi qui le conduit à confier systématiquement au peuple -bon presque par définition - le soin de l'expliciter. C'est un souverainisme
populaire. Le libéralisme (orthodoxe du moins) pose l'idée de DROITS ( de l'homme) qui sont au fondement de tout régime. L'homme est faillible pour Locke, et c'est pour cela que les
droits doivent être garantis par la constitution (dit en termes modernes) - c'est le sens de son Traité C'est u souverainisme national. Dit autrement car in fine cela revient à cela : Locke
défend l'égalité en DROIT - celle de notre déclaration- , et Rousseau l'Egalité dite réelle


Une telle opposition est très lourde de conséquences : car non seulement elle illustre les deux temps de la révolution française Mais surtout  il ne faut pas chercher plus loin les dérives
"totalitaires" de la gauche actuelle ( notamment au travers de la propriété , mais on peut citer aussi les lois mémorielles) .


Voilà en quelques mots ma réponse : si vous voulez entrer en discussion sur ce point vous avez mon adresse mail , car pour avoir travaillé aussi l'ECONOMISTE Locke je pense le connaître
assez bien


 


Je profite de ce mail pour vous poser une question . J'ai été attiré par votre déclaration sur la notion de PARCOURS (issu de la gauche vous auriez évolué ) . C'est très intéressant de le
poser ainsi . Mais ce parcours est difficilement lisible dans votre blog


 


amicalement