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  • : Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
  • : Partagez l'itinéraire d'un électeur de gauche devenu un adepte de la mondialisation libérale. Employé d'une "world wide company", l'auteur vit la mondialisation au quotidien et ne s'en plaint pas. Peu de mouvements d'humeur, des faits et des chiffres!
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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 00:19
Notre directeur nous a tenu le langage suivant. Si à la fin du prochain trimestre (Q3), nous n'améliorons pas notre Chiffre d'Affaires et nos opportunités de vente, il va falloir se débarrasser d'environ 25 % de l'équipe. En effet, après les "cartons" que nous avons réalisés l'an dernier, en ce moment c'est plutôt Waterloo. Les ventes pour la dizaine de collaborateurs que nous sommes sont réduites à la portion congrue. L'entreprise raisonne ainsi: il me faut dégager tant de milliers de dollars de CA par "tête". Au-dessous de ce seuil, on attend un peu puis on débauche afin de revenir à un taux acceptable. Soyons sûrs que quelques mois après la réorganisation, l'entreprise réembauche et un autre prend la place laissée toute chaude quelques mois auparavant. C'est un peu absurde, mais cela permet finalement aux entreprises de respirer un peu. Goucho, ce ramasseur de clichés en toc dans les manèges de la rhétorique politique, monte sur ses ergots. "Voilà une nouvelle illustration de ce que nous réservent l'ultralibéralisme et la course au profit". Evidemment, le jour où après cinq ans de bons et loyaux services, je me fais virer en quelques heures et avec 3 mois de salaire en compensation, je ne considérerais pas ce jour comme un jour heureux et une ode à la gloire du capitalisme. (Je ne travaille pas en France où les licenciements se font avec prudence, où l'on préfère même parfois placardiser les employés, grâce à la lutte glorieuse du mouvement social qui marche à reculons.) Je le considérerais comme une péripétie et après quelques jours de dépression et quelques mois ou semaines de recherche, j'aurais retrouvé un autre emploi. Ainsi, coup de pied dans la fourmilière, je me verrais forcer de sortir du confort douillet que me procure mon entreprise et peut être de tenter de nouvelles aventures... La précarité dans un monde de plein-emploi est une forme de liberté. Je peux quitter mon employeur quand je le veux. Je laisserais conclure ce professeur d'anglais en Suisse après avoir longtemps travaillé dans le privé et que l'on pressait de faire grève avec ses congénères pour préserver le pouvoir d'achat écorné des fonctionnaires. "Je suis contre la garantie de l'emploi!" Celui-ci pensait peut-être à tous ceux dont il avait rêvé qu'ils puissent du jour au lendemain, s'évaporer de l'entreprise: à tous les paresseux innommables, aux sorcières sans relâche dans l'étreinte, à tous les "fayots" si peu solidaires, aux jeunes loups pathétiques, aux opportunistes à double face, aux trop payés pour pieuses raisons, aux revendiquants permanents, aux râleurs et nonistes impénitents, aux arapèdes de bureau et aux psychopathes qui ne s'assument pas, à tous les odieux collègues qui lui avaient transformé sa vie de bureau en enfer et qui allaient pouvoir continuer éternellement... jusqu'à la retraite...

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