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  • : Gauche totalitaire : les mésaventures d'un fantôme de gauche.
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  • : Partagez l'itinéraire d'un électeur de gauche devenu un adepte de la mondialisation libérale. Employé d'une "world wide company", l'auteur vit la mondialisation au quotidien et ne s'en plaint pas. Peu de mouvements d'humeur, des faits et des chiffres!
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15 mars 2006 3 15 /03 /mars /2006 00:00
En Amérique latine, un nouveau racisme : les Indiens contre les blancs
 
 
LONDRES.– Evo Morales, président élu de la Bolivie, assumera après-demain la première magistrature de son pays. D’ors et déjà son investiture a été un grand succès médiatique.

Sa tenue et son aspect, qui paraissaient programmés par un brillant conseiller d'image ont fait les délices de la presse et élevé l'enthousiasme de la « gauche stupide » à des hauteurs orgasmiques.

Je pronostique que le style du nouveau président bolivien, ses pull-overs doublées avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, blousons de cuir usés, se transformeront bientôt en nouveau signe de distinction vestimentaire de l’intelligentsia progressiste occidentale.

Nouvelles excellentes pour ce qui est marchands de colifichets boliviens et péruviens et pour les fabricants pull-overs des pays andins, qui verront ainsi augmenter leurs exportations.

Ce qu'ont souligné des journalistes et des politiciens occidentaux est qu’Evo Morales est le premier indigène occupant la présidence de la Bolivie, et par conséquent on corrige une injustice discriminatoire et raciste de cinq siècles, commise par la petite minorité blanche contre les millions d'Indiens aymaras et quechuas boliviens.

Cette affirmation est une inexactitude historique flagrante, parce que par la présidence de la Bolivie sont passés un bon nombre de boliviens d’origine plus humble, généralement « espadones » qu'en ayant commencé comme simples soldats, ils sont montés dans la hiérarchie de l'armée jusqu'à se hisser au pouvoir au moyen d'une « cuartelazo », peste endémique dont la Bolivie n'est pas parvenue à être libérée avant la seconde moitié du XXème siècle. Pour les racistes intéressés par ce type de statistiques, je leur recommande de lire un essai splendide “Los caudillos bárbaros” sur les dictateurs  qui se sont succédés à la présidence de la Bolivie au XIXème écrit par Alcides Arguedas, historien incisif, bien que pessimiste dans sa vision.

Non il y a de nombreuses années, il apparaissait que le racisme était une tare dangereuse, qui devait être combattue sans relâche, parce que les idées de race pure, ou de races supérieures et inférieures, avaient montré avec le nazisme les conséquences apocalyptiques que ces stéréotypes idéologiques pouvaient provoquer. Mais grâce à des personnages comme le Vénézuélien Hugo Chávez, Evo Morales et la famille Humala au Pérou, le racisme perçoit  à travers ces protagonistes une nouvelle respectabilité et, il est favorisé et béni par un secteur irresponsable de la gauche, il se transforme en valeur, critère qui sert à déterminer la bonté et la méchanceté des personnes, c'est-à-dire, la correction ou  l’incorrection politique.

Poser le problème latino-americain en termes ethniques comme le font ces démagogues est une irresponsabilité insensée. Cela équivaut à vouloir remplacer certains préjugés latino-americains stupides des blancs contre les Indiens, par d'autres, absurdes, des Indiens contre les blancs. Au Pérou, Isaac Humala, père de deux candidats présidentiels dans les élections du prochain avril - dont l’un d'eux, le lieutenant colonel Ollanta- a expliqué l'organisation de la société péruvienne, en accord avec la race, qu’il aimerait que chacun de ses sbires arrivant au gouvernement mette en pratique : le Pérou serait un pays où seulement les « andins » jouiraient de la nationalité ; le reste - des blancs, noirs, jaunes seraient seulement « des citoyens » auxquels on reconnaîtrait quelques droits.

Si un « blanc » latino-americain avait fait une proposition semblable, il aurait été crucifié, avec raison, par la colère universelle. Mais comme c'est une hypothèse indienne, cela a seulement mérité quelques commentaires discrets ou une approbation silencieuse.

J'appelle ceci une « hypothèse » indienne, parce que, en vérité, Isaac Humala a quitté  son village d'où la famille Humala est sortie pour tout transférer à Lima. Un sociologue est récemment allé enquêté sur les antécédents andins des Humala dans ce lieu, et a découvert que les paysans locaux les considéraient comme des « mistis », c'est-à-dire, des « blancs », parce qu'ils avaient des propriétés, bétails, et ils étaient des exploitants d'Indiens.

Evo Morales non plus n'est pas un Indien, proprement dit, même s'il est né dans une famille indigène très pauvre. Il suffit de l'entendre parler son bon castillan, de voir sa modestie astucieuse (« je m’alarme un peu, messieurs, me voir entourée de tant de journalistes ; pardonnez-moi »), ses ambiguïtés étudiées et sages (« le capitalisme européen est bon, donc, mais celui des Etats-Unis ne l'est pas ») pour savoir que Evo est emblématique du type créole latino-americain. Il a une vaste expérience de manipulateur acquise dans sa longue trajectoire de dirigeant « cocalero », membre de l'aristocratie syndicale.

Quelqu'un qui n'est pas aveugle et obtus signale, d'entrée, en Amérique latine, que, plus qu'ethniques, les notions d'« Indien » et le « blanc » (ou « noir » ou « jaune ») sont culturelles, et qu’elles sont imprégnée d'un contenu économique et social. Un latino-americain est blanchi au fur et à mesure qu'il s’enrichit ou acquiert du pouvoir. Tandis qu'un pauvre s’indianise au fur et à mesure qu'il descend dans la pyramide sociale. Ce qui indique que le préjugé ethnique a causé et cause encore des injustices énormes. Il est aussi, et peut-être surtout, un préjugé social et économique des secteurs favorisés et privilégiés contre ceux qui sont exploités et marginalisés.

L'Amérique latine est chaque fois plus un continent métis, culturellement parlant. Ce métissage a été beaucoup plus lent dans les pays andins qu’au Mexique ou au Paraguay, mais a avancé. De telle façon que parler « Indiens purs » ou « blancs purs » est une incongruité. Cette pureté ethnique, si elle existe, est confinée dans des minorités tellement insignifiantes qu'elle n'entre pas dans les statistiques (au Pérou, les seuls Indiens « purs » seraient, selon les biologistes, les « urus du Titicaca ».)

En tout cas, par une raison élémentaire de justice et d'égalité, les préjugés ethniques doivent être dénoncés comme une source abjecte de discrimination et de violence. Tous, sans exception, ceux des blancs contre les Indiens et ceux d'Indiens contre des blancs, noirs ou jaunes. Il est extraordinaire qu’il faille rappeler encore et, surtout, à cette gauche que, par des gens comme le commandant Hugo Chávez, Evo Morales ou le docteur Isaac Humala, on a droit à des formes renouvelées de racisme.

Non seulement la race devient un concept idéologique présentable en ces temps aberrants. Et le militarisme aussi. Le président du Vénézuéla, Hugo Chávez, vient de faire l'éloge la plus exaltée du général Juan Velasco Alvarado, le dictateur qui a régi le Pérou entre 1968 et 1975, dont la politique, a-t-il dit, continuera au Pérou avec son protégé, le commandant Ollanta Humala, s'il gagnait les élections.

Le général Velasco Alvarado a démoli par un coup d'État le gouvernement démocratique de Fernando Belaunde Terry et a instauré une dictature militaire de gauche expropriant tous les moyens de communication et a mis les canaux de télévision et les périodiques entre les mains d'une camarilla de mercenaires recrutés dans les sentines de la gauche. Il a nationalisé les terres et la bonne partie des industries, il a emprisonné et a déporté ses adversaires et a mis fin à toute forme critique et d’opposition politique. Sa politique économique désastreuse a fait entrer le Pérou dans une crise indigne qui a frappé, surtout, les secteurs les plus humbles, ouvriers, paysans, et le pays ne récupère pas encore de cette catastrophe que le général Velasco et sa maffia militaire ont causée au Pérou. Celui-là est le modèle que le commandant Chávez et son disciple le commandant Humala voudraient - avec la complicité des électeurs idéologisés- voir réinstaurer au Pérou et en Amérique latine.

Outre racistes et militaires, ces nouveaux caudillos barbares se vantent d'être nationalistes. Il ne pouvait en être autrement. Le nationalisme est la culture de ce qui est inculte, une initiative idéologique construite de manière aussi obtuse et primaire que le racisme (et sa corrélation inévitable), qui réduit la propriété à une abstraction collectiviste – et promeut la nation au rang de valeur suprême.

S'il y a un continent où le nationalisme a fait des dommages c’est l'Amérique latine. Il a été l'idéologie avec laquelle se sont dissimulées toute les dictatures qui ont désagrégé ce continent dans des guerres internes ou externes, le prétexte ayant servi à dilapider des ressources dans des armements (ce qui a facilité les grandes corruptions) et l'obstacle principal pour l'intégration économique et politique des pays latino-americains.

Il paraît étrange que, avec tout ce que nous avons vécu, qu’il y ait encore une gauche en Amérique latine qui ressuscite ces monstres - la race, la botte et le nationalisme - comme la panacée pour résoudre nos problèmes.

Il est vrai qu'il y a une autre gauche, plus responsable et plus moderne - celle représentée par un Ricardo Lagos, un Tabaré Vásquez ou un Lula qui se distingue nettement de celle qu’incarne ces anachronismes vivants qui sont Hugo Chávez, Evo Morales et le clan des Humala. Je l’espère plus influente que celle que propage sur tout le continent le président vénézuélien avec sa verve et ses pétrodollars.

Par Mario Vargas Llosa
Janvier 06

Pour la NATION
Traduction creduleetgoucho
 

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Published by Le crédule libéral - dans Amérique latine
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